

- Artistes : Monophonics Mono Khuda
- Année : 2011
- Genres : Rock Post Drone Ambiance
- Ville : Nantes
- Pays : France
Arrivé un peu en avance, je prends une bière dehors, et je m'aperçois que les groupes sont à table, alignés le long du comptoir. Mono mange de la salade. a mention de la salade. Ah, en fait, il ne s'agissait pas de salade. Et les japs ont beau être tout chétifs, ils viennent de s'enquiller un gratin dauphinois, dont je ne voyais que la salade ... et quelques (plusieurs) verres de vins, au passage. Marrant, je les ai déjà vus trois fois en concerts, et c'est la première fois que je remarque à quel point ils sont frêles, ce qui contraste avec l'épaisseur de leur son. On verra plus tard.
Bière terminée, les groupes sont dans la salle pour les balances. On rentre, instant de flottement. Un bonhomme s'installe, prends un gratte, et bricole un ou deux accords en slide, très lents. On pense au début qu'il s'agit d'un techos faisant la balance guitare. Mais non. C'est Microphonic, la première partie.... Et voilà la salle plongée pendant vingt minutes dans une succession de drones loopés, se chevauchant et s'intriquant. Très ambient music, très introspectif. Pas vilain, mais un curieux choix de première partie. D'ailleurs, une bonne majorité du public est retourné fumer quelques bières dehors en buvant leur clope. Le type termine, salue sous quelques applaudissements mous. Le public n'a pas compris.
Dommage, parce qu'en album, ça doit vraiment passer pas mal, il y a une vraie recherche de textures et un vrai travail d'arrangements...
S'installe ensuite Khuda, que je ne connaissais pas, hormis quelques morceaux écoutés vite fait sur leur myspace, quelques heures avant le concert... Et putain... La claque ! Ils ne sont que deux, mais envoient tellement de bois qu'on dirait une dizaine de musiciens sur scène. Musicalement, ça se rapproche de Shora, de And so I watched you From Afar et de From Monument to Masses avec une bonne dose de math-rock dedans (sans entrer dans les délires abscons de trop de groupes du genre). Ces deux très bons musiciens (le batteur est à couper le souffle) instillent une musique donc entre post et math, bourrée de breaks, de passages bien rentre-dedans propres à un bon gros pogo des familles, ultra ludique (je me suis surpris plusieurs fois à dandiner furieusement avec un énorme sourire niais) et fouillée. Ces deux énergumènes sont anglais, et s'ils continuent ainsi ne vont certainement pas tarder à se faire remarquer. Ca faisait un moment (depuis le premier And so I watch you from Afar, en fait) que je n'avait pas entendu du post aussi fun et bien ficelé que ça.
Mais curieusement, encore une fois, le public n'avait pas l'air d'être très transporté, ce qui est vraiment très con, en l’occurrence... Y'avait pas mal de petits merdeux de hipsters-geeks qui ne devaient être là que pour Mono, et que toute autre forme de musique emmerdait ce soir là. Dommage pour eux, d'autant que Khuda sont vraiment des gens sympas et drôles...
Puis après une longue attente (Mono est notoirement reconnu pour commencer tous leurs concerts à la bourre), le groupe s'installe...
Et là où les deux derniers concerts d'eux (au Glaz'art, à Paris), m'avaient prodigieusement gonflés, et alors que leur dernier album « hymn to the eternal wind » m'avait carrément fait chier, Mono, hier en très grande forme, on prouvé que le post-rock tendance « mur de son céleste » n'avait aucun secret pour eux, et que le genre a encore de beaux jours devant lui. A ce sujet, un type dans le public, qui ne connaissait pas, me dit « putain de belle leçon d'équilibre, et putain qu'ils savent doser leurs émotions », et c'était le cas, précisément. La formule, qui peut parfois lasser sur album, consistant à introduire le thème en douceur, puis partir sur de longues envolés jusqu'au chaos maîtrisé a pris hier une dimension toute nouvelle. Les oreilles qui saignent mais le cœur guéri de tout ses maux, les morceaux s'enchaînent sans blaser. Les guitaristes semblent littéralement en transe et convulsent tant qu'ils peuvent, alors qu'ils sont assis, et la bassiste/clavieriste semble elle perdue dans des abîmes d'introspection. La musique de Mono en concert, bien que puissante, reste terriblement intimiste. Cette fois, le public suit, et en ouvrant les yeux, je vois nombre de mes petits camarades littéralement hypnotisés. Et il y avait de quoi. Si les japonais sont toujours aussi peu communicatifs avec le public (pas bonjour, pas au revoir, pas de transition entre les morceaux, et des gueules d'enterrement), ils laissent parler l'émotion, créant une atmosphère presque religieuse, litanique. Transportés, balayés, Mono a démontré hier avec aisance qu'ils restent une force à prendre en compte dans l'univers parfois trop saturé de clones du post-rock.
Au final, un concert vraiment marquant, une chouette dose d'orgasme auditif, une excellente piqûre de rappel pour se souvenir que la musique, ben ça se vit, et c'est tout.
Quelques photos du show.









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Commentaires
Oh un fan de And So...
Ils ressemblent tous à Issei Sagawa.