Opeth interviewé par Musik Industry

Interview de Opeth


C’est au cours d’une journée promos à Paris le 03 avril 2008 que Fredrik Akesson, le nouveau guitariste du groupe suédois Opeth s’est prêté au jeu de l’interview pour parler des nouveautés que renferme Watershed, leur nouvel album. Je découvre un personnage très humble, bavard et passionné qui, malgré le nombre d’interviews enchaînées depuis la matinée, ne perd pas l’envie de raconter ses anecdotes pleines de détails. Vous aviez des questions, voici des réponses :

Nico : Salut Fredrik.

Fredrik : Salut !

N : Commençons par te présenter à nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore.

F : D’accord, mon nom est Fredrik Akesson, et j’ai joué avec pas mal de groupes. Juste avant ça j’ai joué avec Arch Enemy. J’ai aussi joué dans un groupe de métal appelé Krux dans lequel on retrouve aussi Leif Edling de Candlemass, Mats Levén à la voix, et le batteur (Peter Stjärnvind) ainsi que le bassiste (Jörgen Sandström) jouaient avant dans Entombed.
Mais à mes débuts quand j’avais 19 ans, j’ai commencé dans un groupe de hard rock mélodique… C’était un peu des directions musicales différentes ! (rires)

N : Avant ton arrivée au sein d’Opeth, on a appris soudainement que Peter Lindgren quittait le groupe pour des raisons personnelles. Comment as-tu rejoins le groupe ?

F : Et bien je jouais dans un groupe de reprises de métal, c’était il y a 5 ans, on a fait une date dans un pub de Stockholm et Mikael Akerfeldt était présent à ce concert. On a joué des musiques de King Diamond et quelques trucs de Judas Priest, et il est venu me voir en me disant qu’il aimait ma façon de jouer et il m’a demandé si je pouvais lui donner des leçons de guitare. (Sourire) Heu…. J’étais embarrassé !
Il s’est passé pas mal de temps sur la tournée qu’on a fait en Amérique quand j’étais dans Arch Enemy sur le Gigantour avec Megadeth, Lamb of God etc… Et donc la tournée a duré 5 semaines et j’ai vraiment aimé la chimie qui opérait avec tous les autres musiciens.
Et donc en Janvier l’année dernière, Mikael m’a appelé et m’a invité chez lui pour jammer un petit peu, lui montrer quelques trucs. Il était très secret et il me conditionnait pour le groupe. Il me montrait des riffs d’Opeth, quelques uns des nouveaux riffs en me demandant : tu peux jouer ça ? Ÿ

N : C’était facile de jouer ces riffs ?

F : Non c’était un exercice exigeant pour mon jeu à la guitare. Particulièrement pour apprendre toutes les chansons. Ce n’était pas facile Ÿ mais je pense que ça m’a permis de devenir plus souple dans ma façon de jouer, entre autres pour les parties acoustiques avec le jeu en picking (il mime le mouvement des doigts). C’était différent.
Je me suis vraiment impliqué dedans et ce qui a rendu cela un peu plus facile, c’est que j’étais déjà un grand fan d’Opeth. J’ai réécouté les albums comme Blackwater Park pour m’en inspirer.
En février, on m’a demandé de quitter Arch Enemy parce que Christopher Amott revenait dans le groupe et deux mois plus tard Mikeal m’appelait pour me proposer de rejoindre Opeth.

N : L’intégration dans le groupe s’est passée comment ?

F : Et bien je connaissais déjà les membres personnellement donc ça a été plus facile et ils ont vraiment fait en sorte que je me sente accueilli dans le groupe. Et puis ils ont tous de l’expérience, mais ils gardent les pied sur terre…des mecs vraiment cool je trouve.

N : C’était difficile d’aborder un nouveau type de musique à travers le groupe ?

F : C’était vraiment autre chose et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai apprécié ça. Ça permet de dépasser ses propres limites en tant que musicien. C’était différent de tous les autres groupes dans lesquels j’ai joué, absolument : chansons plus longues, beaucoup plus de riffs à retenir, ça demande beaucoup de travail musicalement. C’est pour ça que j’ai vraiment adoré, le challenge était intéressant, ça m’a fait progresser.

N : Est-ce que ce n’était pas trop dur d’apprendre toutes les musiques, celles-ci étant connues pour leur complexité ?

F : Avant l’enregistrement on a fait un concert en Finlande en juillet l’année dernière. J’ai travaillé pendant environ 3 mois pour apprendre la set list et je pouvais jouer mais j’avais l’impression de ne pas avoir assez de temps pour tout apprendre. La façon dont j’apprends c’est en jouant un riff jusqu’à le maîtriser, puis le suivant, encore et encore et ainsi de suite pour enfin tout jouer ensemble. Et en mémorisant la globalité des morceaux aussi.
Quand je suis allé chez Mikeal, on se voyant au moins deux fois par semaine pour jouer ensemble. De ce point de vue là, je pense qu’on est vraiment très soudé quand on joue les deux guitares ensemble. On est aussi très attentifs aux détails en plus de ça.

N : On sait que Mikeal est le principal compositeur du groupe et qu’il écrit tous les morceaux seul avant l’enregistrement…

F : Oui quasiment toutes les musiques du nouvel album sauf une que j’ai co-écris avec Mikeal ( Porcelain Heart Ÿ) pour laquelle on a tourné une vidéo la semaine dernière. Sinon, il a composé à peu près tout. Je suis allé chez lui pour placer des solos de guitares et d’autres choses et donc on avait de très bonnes versions de démo de toute les musiques avant qu’on entre en studio. On a répété environ 5 semaines, chacun avait une démo correcte et apprenait les chansons. On avait tous les mêmes buts en tête, à savoir, injecter une énergie live dans les chansons et connaître nos parties sur le bout des doigts avant d’entrer en studio. Je pense que ça a rendu l’enregistrement beaucoup plus fluide.

N : Est-ce que tu étais libre de trouver tes propres parties guitares tout de même ?

F : Et bien, en général un guitariste aime les riffs un peu inhabituels et le joue de façon très personnelle. Peut-être que certains groupes se disent : Je joue ce riff, tu joues ça… Ÿ Mais pour la plupart des parties rythmiques et saturées de l’album on a fait une partie guitare de chaque côté et c’était vraiment cool. Je pense que ça donne une certaine robustesse à l’ensemble des musiques.
Mais l’enregistrement était vraiment sympa parce qu’on a enregistré dans deux studios différents et quand je faisais mes parties, Mikael se penchait par-dessus mon épaule. Du coup je me sentais beaucoup plus sûr de moi parce qu’il me faisait confiance. Peut-être qu’il a intériorisé un peu de cette pression pour se concentrer sur les paroles et les voix…et ses parties guitares.

N : Est-ce qu’il vérifiait tout pendant l’enregistrement ?

F : Non pas du tout. Il était très impliqué avec la batterie, le technicien qui s’en chargeait… Mais disons qu’il était beaucoup plus attentif aux impressions de chacun.

N : Est-ce que tu ressens un gros changement dans ta façon de jouer depuis que tu es dans le groupe ?

F : C’est aux auditeurs de décider. Je veux dire, je ne suis pas là pour changer les chansons d’Opeth. Je suis très content de la façon dont l’album s’est terminé mais je pense que c’est aux auditeurs de décider. C’est compliqué pour moi de parler de moi-même et de m’encenser.

N : Comparé à Arch Enemy, qu’est-ce que tu peux dire de cette nouvelle expérience au sein d’Opeth ?

F : Il y a une très grande différence pour une fois… On vit dans la même ville, à Stockholm. Avec Arch Enemy ils vivaient à cinq heures de train de là. Là on répète souvent dans un studio de Stockholm avec tous les membres du groupe.
Et c’est mieux musicalement. C’est très important. Tu n’as rien gratuitement, tu dois faire en sorte de récolter le fruit d’un travail quand tu joues jusque tard, pour maîtriser les musiques. Et en fait je me sens beaucoup plus impliqué dans Opeth que je ne l’étais dans Arch Enemy. Surtout parce que j’ai participé à l’enregistrement avant de débuter une tournée avec eux. Avec Arch enemy c’était simplement les parties de Chris Amott que je devais jouer. C’était une bonne expérience tout de même. Mais différent d’Opeth. Les musiques également sont très différentes : d’un côté tu as des musiques plus ambitieuses avec des structures musicales élaborées. De l’autre côté (AE), c’est plus conventionnel, plus ordinaire. Et encore une fois c’est complètement différent. Je me sens clairement plus impliqué dans Opeth en tous cas.

N : Parlons un peu plus de Watershed Ÿ, qu’est-ce que tu penses de cet album ?

F : Je pense que c’est une bonne direction pour le groupe. Je pense que chaque album d’Opeth apporte quelque chose de nouveau. Et c’est très important pour un groupe de ne pas se répéter, de continuer à tourner et d’écouter d’autres musiques. Ça serait ennuyeux sans ça.

N : Opeth est d’ailleurs un bon groupe pour ça puisque chaque album est différent des précédents.

F : Oui c’est essentiel. Je pense que ça sonne toujours comme du Opeth mais c’est plus expérimental, plus psychédélique aussi et il y a plus de tonalités folk suédoises comme par exemple dans la musique qui introduit l’album ( Coil Ÿ) ou la troisième chansons ( The Lotus Eater Ÿ). Quelques éléments de cet album sont les plus techniques et les plus brutaux qu’Opeth ait jamais composé depuis un moment. Et à la fois c’est très mélodique. Plus mélancolique et sombre.

N : Je trouve qu’il y a moins de parties jazzy Ÿ que dans les précédents albums, est-ce que tu es d’accord avec ça ?

F : Tu veux dire comme dans les musiques du genre……. Windowpane Ÿ ?

N : Oui tout à fait mais c’est surtout qu’on ressent moins de mélodies jazzy….de mélodies ambiguës.

F : Oui, je suis d’accord avec ça. Mais dans le dernier morceau Hex Omega Ÿ, il y a une partie de piano et je trouve que c’est très influencé par le jazz. En particulier par le jeu de Jan Johansson, qui est le père de Anders Johansson (actuel batteur de Hammerfall). Il y a tout de même des éléments jazz dans Watershed.

N : Est-ce que tu penses que les changements de line up ont influencé le processus de composition de cet album ?

F : Et bien à partir du moment où Mikael a écrit la plupart des musiques…. Ça devrait être une question pour lui mais, Mikeal m’a dit que c’était de loin l’expérience d’enregistrement la plus carrée qu’il ait connu avec Opeth. Martin Axenrot est un batteur incroyable je trouve. Très précis, autant qu’une machine… Je me souviens dans le studio il jouait depuis 16 heures, alors à un moment on dit : ça ira pour aujourd’hui Ÿ mais il continuait sur sa lancée ! Il était jamais fatigué c’était vraiment cool.

N : Tu as quand même participé à la composition sur Watershed. Qu’as-tu apporté ?

F : Et bien sur Porcelain Heart Ÿ oui. J’ai trouvé l’intro avec le riff et le solo type Black Sabbath et Mikael a vraiment bien aimé. Sinon j’ai enregistré des riffs rapides un peu plus techniques. On a également travaillé sur d’autres musiques que l’on n’a pas terminé.

N : Sur une chanson, on peut entendre une sorte de dialogue entre les guitares pour la partie solo…

F : Oui une partie harmonique, c’est sur Burden Ÿ. Mikael m’a demandé de montrer un autre côté de mon jeu…plus mélodique. Donc sur cette partie, Mikael joue le premier solo, je joue le second, il joue le troisième, je joue le quatrième. On s’est associé pour cette harmonie. C’était pour moi l’occasion de m’inspirer un peu de guitaristes comme David Gilmour, Ritchie Blackmore, et aussi Mark Knopfler…

N : C’est une sorte d’hommage aux années 70 ?

F : Oui tout à fait. C’est inspiré de Pink Floyd et le style seventies en quelque sorte. Mais c’est subtil et ça s’insère parfaitement bien dans l’album si tu l’écoute du début à la fin je pense.

N : Concernant la direction de cet album, est-ce que tu as écouté beaucoup de groupes des années 70 pour t’immerger dans ce style de musique ?

F : Mikael m’a joué pas mal de trucs que je n’avais jamais entendu auparavant. Mais j’avais écouté des groupes de rock progressif comme Rush, King Crimson. Je sais que pour cet album il s’est inspiré de The Zombies, et aussi de Scott Walker avec The Drift qui est un album vraiment obscur.

N : Il a beaucoup de goûts musicaux underground…

F : Oui (rires). Mais je n’ai pas été particulièrement influencé musicalement pour l’enregistrement. Sauf par des groupes de Death Métal.

N : Est-ce que tu penses que porter des jeans pattes d’eph et des lunettes de soleil, comme Mikael sur quelques photos, donne un style spécialement vintage à la musique ?

F : Oui peut-être, je n’ai pas encore commencé à en utiliser ! (rires)

N : Ou alors c’est dans la moustache ?

F : Oh, je ne peux pas me la faire pousser correctement… (rires) Je vais déjà garder mon bouc !
Non mais Opeth n’est pas un groupe énormément porté sur son image. Arch enemy l’était un peu plus. Personne ne m’a demandé de porter des jeans pattes d’eph jusque là…J’en portais avant pourtant.

N : Pour la première fois, Watershed sera disponible dans une version digitale une semaine avant la sortie de l’album physique. Est-ce une volonté se s’adapter à l’actuelle industrie de la musique ?

F : Oui je pense. C’est quelque chose que le label a décidé. Je ne suis pas impliqué dans cette décision, je l’ai entendu durant les meetings mais ce n’est pas quelque chose que le groupe voulait imposer. C’est une façon de lancer l’album, avec les téléchargements etc…
C’est important que le label n’interfère pas et n’empiète pas sur les décisions musicales et artistiques. Mikael serait furieux s’ils venaient en disant : peut-être que vous devriez faire ceci et cela… Ÿ Surtout pour l’artwork, c’est quelques chose que l’on a protégé sans faire de compromis. C’est très important pour ce groupe. Le label voulait choisir la musique pour le premier single….c’est à eux de voir ça. On voulait utiliser un autre morceau, on voulait The Lotus Eater Ÿ mais ils voulaient vraiment Porcelain Heart Ÿ.

N : Finalement es-tu satisfait et fier de Watershed ?

F : Oui ! C’était l’expérience en studio la plus fun que j’ai connu et je suis très fier d’être dessus. J’espère que les fans et les auditeurs vont aimer.

N : Parlons plus précisément de toi, peux-tu nous parler de tes propres influences ?

F : Tout d’abord j’ai commencé par écouter du métal Old School, j’avais 8 ans, j’écoutais Iron Maiden, Accept, Judas Priest… après je suis passé au hard rock seventies avec Black Sabbath. Dans les guitaristes qui m’ont beaucoup fait progresser il y a Michael Schenker. Quand je l’ai vu pour la première fois et il m’a vraiment ébloui. J’aime vraiment expérimenter les tonalités et les ressentis. Je me suis aussi tournée vers des sons plus blues avec des guitaristes comme Ritchie Blackmore, Gary Moore. Celui qui m’a beaucoup fait pratiquer également avec son album Rising Force c’est Yngwie Malmsteen. Il a été très important pour moi. Je pratiquais presque 8 heures par jour grâce à lui. J’ai pas mal écouté de groupes composés de guitar héro comme Cacophony (Marty Friedman ; Jason Becker) et bien sûr j’ai adoré Dimebag Darrell j’étais un grand fan de Pantera. Jeff Lomis de Nervermore est aussi un de mes préférés.

N : Mikael a confié que ton niveau technique à la guitare l’a poussé à travailler beaucoup plus sur son instrument.

F : Il m’a également fait travaillé énormément avec sa façon originale de composer les riffs, ça m’a beaucoup inspiré, comme je le disais, sur les parties acoustiques. On se complète avec nos styles respectifs.

N : Vous apprenez l’un de l’autre finalement ?

F : Oui absolument. Mais je ne pense pas qu’il soit intéressé par le fait de jouer extrêmement vite. Et puis jouer rapidement, les solos shred et tout ces trucs là, parfois c’est utile, parfois ça ne l’est pas. J’ai essayé de varier un peu les parties jouées sur l’enregistrement justement, ce n’est pas un étalement de cours de guitares. Au final peut-être que ça pousse les fans à en demander plus…pour le prochain album… (rires)

N : Es-tu impatient de commencer la prochaine tournée ?

F : Oui ! On va commencer ça aux royaumes unis et on poursuivra également une partie de la tournée aux états unis avec Dream Theater. Ça s’annonce vraiment intéressant de jouer avec eux. J’ai beaucoup écouté leurs trois premiers albums…

N : J’ai eu l’occasion de les voir l’année dernière, mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de passages techniques.

F : Oui c’est sûr ! On ne joue pas autant de solos ! C’est difficile de se mesurer à leur virtuosité. Mais ça promet d’être vraiment sympa. J’ai hâte de faire le Metal Hammer Festival et également le Hellfest en France. Après ça on fera une tournée Japonaise et une Australienne pour ensuite revenir aux états unis en septembre. Et enfin on commencera notre tournée européenne en tête d’affiche ! Là on pourra faire des concerts plus longs, pas seulement une heure mais peut-être deux, ça sera plus intéressant.

N : Ok, pour finir, qu’est-ce que tu penses de la scène suédoise et de sa notoriété en Europe ?

F : Il y a beaucoup de groupes qui viennent de là bas et qui ont du succès. C’est peut-être les longs hivers froids et sombres qui conditionnent notre humeur. Peut-être que ça aide pour écrire des chansons métal plutôt que de vivre à la plage à L.A. avec des minettes tout autour… (rires)

N : Et enfin qu’est-ce que tu souhaiterais dire à nos lecteurs français ?

F : Je voudrais dire que j’espère qu’ils vont aimer le nouvel album et que je suis impatient de venir ici et de jouer.

Nico : D’accord, merci beaucoup !

Fredrik : De rien.


Par : Nico

le 03/04/2008



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