Guerrilla Poubelle / Justine interviewé par Musik Industry

Interview de Guerrilla Poubelle / Justine


Samedi 9 décembre 2006, 17h30, j'arrive à L'Empreinte (salle de musiques actuelles en Seine et Marne) qui sera le soir même le théâtre d'un concert réunissant sur scène la fine fleur du renouveau Punk français: GUERILLA POUBELLE et JUSTINE.

Me voilà dans la peau d'un journaliste amateur désireux de rencontrer les protagonistes de la soirée avec lesquels j'ai pris rendez-vous pour accomplir cette interview. Je retrouve donc Till (chanteur guitariste de Guerilla Poubelle) qui se fait rejoindre par Alex (chanteur de Justine), Oliv' (guitariste de Justine), et Koj (bassiste de Guerilla Poubelle). Confronté à cette équipe, j'enclenche mon dictaphone et ce qui devait être une interview se transforme rapidement en un forum de discussions où le partage des idées conduit au fil des palabres à une certaine idée du partage. Partage musical, partage amical, partage humain, je sens très vite que les deux groupes s'apprécient grandement .

Dans le tumultes des paroles qui s'échappent de toutes ces bouches, chacun a son mot à dire, son idée à ajouter, son point de vue à faire valoir en particulier sur le Punk Rock français. Coup de pied dans la fourmilière et explication de textes, ces types ont des choses à dire et c'est plutôt intéressant...




- Guerilla Poubelle et Justine se retrouvent ce soir sur la même scène, pouvez-vous expliquer à ceux qui n'ont jamais vu un concert réunissant les deux groupes à quoi peut ressembler un tel concert?



- Till: Tu peux t'attendre à ne pas trop nous voir dans le public car on va passer notre temps à discuter ensemble, alors qu'habituellement on est plutôt dans le public à discuter avec les gens. En fait c'est une façon de vous dire que les deux groupes sont très copains, donc quand on se voit on profite les uns des autres.

- Alex: Si on tourne en ce moment c'est exclusivement grâce à Guérilla Poubelle. En fait on est un peu feignant. En rencontrant et en étant soutenu par des gens comme Till, Guérilla Asso et Crash Disques, qui ont une politique intéressante avec une réelle envie de faire avancer les choses, cela nous a conduit à nous bouger beaucoup plus.


- Si Justine devait présenter Guerilla Poubelle, comment le feriez-vous?


- Alex: ce sont un peu nos mentors, les Guérilla nous ont un peu pris sous leurs ailes. J'aime même tendance a m'identifier de plus en plus au chant de Till et à la puissance de la musique de Guerilla Poubelle...il y a un processus d'identification qui se passe presque naturellement.


- Si Guerilla Poubelle devait présenter Justine, comment le feriez-vous?

- Koj: ce sont nos fils spirituels...(rires).

- Till: ce qui est drôle c'est que Justine a commencé à jouer avant Guérilla Poubelle, ils existent depuis plus longtemps que nous, mais on a les mêmes influences qu'eux. Ce qui est intéressant c'est que je ne pense pas que nos musiques se ressemblent, mais on a la même façon de faire du Punk Rock, c'est à dire de mélanger des influences très françaises avec le Punk américain actuel, en le faisant spontanément. Je pense qu'on a la même démarche.


- Guerilla Poubelle est allé au Japon au mois de septembre pour y effectuer une tournée, pouvez-vous nous raconter en quelques mots comment cela s'est passé?

- Koj: c'est assez dépaysant par rapport à la France...

- Till: moi je n'ai pas trouvé que c'était aussi différent que chez nous, on était dans un réseau Punk Rock et les gens avaient la même sincérité et le même investissement qu'en France. Après tu as des différences concernant la consommation d'alcool, au Japon le public ne picole quasiment pas... Mais je n'avais pas l'impression d'être à l'autre bout du monde.



- Justine, vous aimeriez partir en tournée à l'étranger?



- Oliv': ouais carrément! J'ai envie de rencontrer de nouveaux publics. J'imagine que le public québécois ou japonais ne doit pas être le même que le public français.

- Till: ce n'est pas qu'une question de public, c'est aussi la question de la place et de la représentation du groupe. En France, les gens qui viennent à nos concerts nous connaissent. Au Japon, le fait qu'on soit un groupe français était quelque chose d'énorme pour le public, on était le groupe étranger, l'attraction. Au Québec c'était flagrant, le fait qu'on soit français a intéressé le public, si on avait était québécois le public en aurait rien eu à foutre de nous.


- Que pensez vous de la scène musicale française et des groupes français?

- Till: en fait on est en plein dedans donc on a du mal à avoir du recul par rapport à cette scène. Beaucoup de groupes français sont devenus des potes à nous à force de les croiser sur des concerts.

- Alex: moi ce qui m'intéresse, c'est la démarche qu'avaient les Béruriers Noirs, qui jouaient dans des lieux autogérés en ayant un discours radical et en étant le plus cohérent possible dans leur démarche. Je pense que Guérilla Asso et Crash disques poursuivent cette mouvance du Punk Rock et je trouve ça très important.

- Till: Les Bérus ont créé leur label 10 ans après avoir arrêté le groupe, ils ont mis 20 ans à mettre en place tout ça. Nous on a fait un label avant que les Bérus fassent un label alors qu'on a appris le Punk Rock en écoutant les Bérus.

- Alex: J'ai l'impression aussi qu'il y a malheureusement une division en France entre le Punk Français radical qui a un discours politique et les groupes comme nous étiquetés comme des groupes Punk à rayures Ÿ ou Punk à roulettes Ÿ comme j'ai pu le lire sur Internet.

- Till: en ce moment en France soit tu es Béruriers Noirs, soit tu es Uncomonmenfrommars. Justine comme Guerilla Poubelle sont deux groupes qui se situent entre ces deux mouvances, et on adore ces deux styles de Punk Rock. En France il existe ce clivage qui n'existe pas dans les autres pays.


- A votre avis pourquoi la France connaît-elle ce clivage?


- Till: car en France on a eu une énorme scène Punk dans les années 80 qui n'a pas foncièrement existée dans d'autres pays.

- Alex: Il y a aussi une question de génération. Moi j'ai découvert le Punk Rock par les groupes américains tel que NOFX. Je suis donc plus influencé par le Punk de mon époque que par celui de l'époque où je n'était pas né.

- Till: Par exemple aux États Unis NOFX et Rancid sont rejetés par la scène underground américaine composée de puristes, alors qu'en France ils ont un côté old school respectable. Quand un groupe Punk acquiert du succès une partie de son public ne le soutient plus car il a l'impression que le groupe ne le représente plus, qu'il ne peut plus s'identifier au groupe.
- Koj: peut être aussi car quand on rentre dans le milieu Punk on a envie de se démarquer, et quand un groupe a du succès, on a le sentiment de moins se démarquer, donc on ne le soutient plus...enfin je ne vais pas faire de psychologie à deux balles. J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de préjugés et de traditions dans le Punk Rock, par exemple: un groupe de Punk ne doit pas vendre ses disque à la Fnac. Moi j'ai découvert le Punk Rock il y a sept ans avec Blink 182 à la télé, donc je ne peux pas avoir la même vision qu'un type qui écoute du Punk depuis 20 ans.

- Till: Après il y a beaucoup de gens qui critiquent les groupes de Punk qui vendent leur disques à la Fnac, alors qu'eux même ont découvert le Punk en allant à le Fnac.
- Koj: un groupe Punk peut vendre ses disques, l'essentiel c'est qu'il garde une musique cohérente et son idée identité musicale.

- Till: Pour les puristes certains groupes sont des vendus, alors qu'il faut retourner le problème dans l'autre sens: ces groupes là sont avant tout achetés, ils ont du succès parce que leur musique touchent des gens. Si on n'a pas envie d'aimer un groupe que beaucoup de gens aiment, c'est un problème dont il faut parler avec des psychologues.


- Toi Till, tu as monté le label Guérilla Asso et également le site de VPC le jardin des fous Ÿ, tout en menant tes activités avec Guerilla Poubelle. Cette démarche est-elle un moyen d'apporter ta pierre à l'édifice?



- Till: Pour moi c'est normal de faire ça. J'ai grandi dans la scène Punk en voyant des gens faire ça, donc j'ai fait pareil.

- Koj: c'est comme la démarche de ne pas s'inscrire à la Sacem.

- Till: on ne s'est pas dit qu'on allait s'inscrire à la Sacem pour protéger nos chansons ou pour gagner du fric. C'est la même démarche pour nous de ne pas s'inscrire à la Sacem et d'être bénévole en tant que musicien dans Guerilla Poubelle. Quand le groupe a commencé à marcher on aurait pu dégager des salaires de nos concerts, mais nous on s'en fout. On a fait le choix d'être bénévoles. La musique est simplement quelque chose qui donne un sens à nos vies. On est comme tout le monde on a un boulot en parallèle de la musique. Cela nous aide à garder les pieds sur terre. Et puis le jour où on en aura marre de faire de la musique on aura aucun impératif en terme de contrats ou de vente d'albums. Après il y a des groupes qui vivent de leur musique et qui font des concerts géniaux, ce n'est pas incompatible, mais ce n'est pas notre choix. On n'est pas prêt à vivre dans des squats sans Internet par exemple, on est peut être des petits bourgeois de connards mais on préfère vivre comme tout le monde. La majorité des groupes de musique dans le monde sont comme nous.


- Pour finir, j'aimerais qu'on parle un peu de la future élection présidentielle, et du binôme Ségolène Royale et Nicolas Sarkosy. Que vous inspire ce binôme en vue des élections?


- Koj: Le vrai binôme se joue dans l'économie et non pas dans la politique, donc l'élection présidentielle on s'en fout. J'ai l'impression que la marge de manoeuvre des politiques est très restreintes et surtout dépendante de l'économie

- Till: Tu ne changes pas le monde avec des votes, mais bien plus en consommant autrement. La politique on ne la fait pas en allant voter, on la fait en arrêtant de bouffer de la viande, en arrêtant de gaspiller de l'essence, en arrêtant d'acheter des trucs où il y a du plastique partout. Le monde on le changera quand chacun changera sa façon de vivre le monde, pas en élisant une personne comme président de la République. Si on votait pour élire les patrons plutôt que les hommes politique j'irai peut être voter.






Par : Manu

le 09/03/2007



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  • Le 18-01-2009 à 03h39 par denis
  • je ne pense pas qu'ils viendront te répondre ici

  • Le 17-01-2009 à 05h06 par kentin | skaredunk38@hotmail.fr
  • guerilla poubelle
  • MERCI au guerilla poubelle pour leur musique mais j' ai une question a vous poser est ce que si demain un membre du groupe decide d' arreter le groupe continurais vous a faire de la musique??? MERCI POUR VOTRE PUNK QUI ME FAIT REVER

 
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