Interview de brume retina
Evoluant dans un style screamo french-touch Ÿ, les Parisiens de Brume Retina, qui ont sorti un très bon premier album Le Linéaire Des Libres Ÿ au début de l’année, restent discrets alors qu’ils méritent toute ton attention. C’est pourquoi j’ai décidé de les interviewer.
L’entrevue avec Vincent (bassiste/brailleur) s’est tenue entre septembre et octobre par mail.
Pour commencer, peux-tu me présenter le groupe ?
qui ? quoi ? quand ? comment ? pourquoi ? ... ?
Qui ? Alors Brume Retina c’est Thomas (gratte et chant), Jérome (gratte et chant), Thomas (batterie) et Vincent (basse et chant).
Quoi ? Rien.
Quand ? Mois de mai 2005.
Comment ? Le groupe s'est formé autour des 2 gratteux et du bassiste de feu-Gameness. A la fin de l'aventure, on pensait que l'on avait encore des choses à exprimer ensemble et comme humainement on s'entend bien, ben vala on arrive pas à se séparer en vrai. Pour ce qui est de Tom à la batterie, je le connais depuis longtemps, je l'avais revu sur un concert de Lab° (groupe dub excellent et je dis pas ça parce qu'il joue avec nous, c'est vraiment bien), il m'avait parlé de son envie de renvoyer la dose à la batterie. Donc quand il fallut se pencher sur le choix d'un batteur, j'ai pensé à lui, on s'est vu, il a écouté, ça lui a plu. On a fait un essai, transformé.
Pourquoi ? Parce que les feuilles volent au vent.
Quelle signification se cache derrière le mystérieux nom Brume Retina ?
L’explication si elle existe peut se résumer ainsi, ce qui nous a plu dans ce nom, hormis le fait que l’on a trouvé que ça sonnait bien, c’est l’opposition des 2 mots. Et on trouve que globalement c’est un peu l’état dans lequel on est tous. État brumeux/état visionnaire.
Comment se passe la composition des morceaux ?
Qui écrit les textes ?
Nous composons tous les quatre, faut savoir que sur l'album il y a 7 morceaux qui ont été composé du temps de Gameness et initialement prévu pour le 2ème album, on a gardé les morceaux qui nous intéressaient le plus, parce qu'il y avait 12 morceaux au départ pour l'album de Gameness. Le reste sont des nouvelles compos. Donc pour les 7 morceaux, Tom a repris les parties de Fabien à sa sauce ou en suivant à la lettre. C'est pourquoi nous avons crédité Fabien sur l'album pour la composition.
Donc la compo ben y a pas de méthode précise, on arrive en répète soit on a un plan, et s'il plait on développe en fonction de l'humeur ou de l'envie d'aller dans une direction précise, soit avec un morceau construit chez soi, bien que ça devienne rare. Mais le plus généralement on compose sur place. Donc des fois c'est super rapide, les idées fusent et des fois c'est laborieux, pas de méthode. Faut juste que ça fonctionne pour nous.
Pour ce qui est des textes, nous sommes trois à écrire, les 3 gratteux. Thomas et moi on écrivait déjà dans Gameness, et Jérome s’y est mis aussi. Et si Tom veut se lancer y a pas de souci. On soumet nos textes aux autres, pour que tout le monde se sente concerné et puisse se mettre à fond dans l’interprétation. Donc on en discute et si ça va à tout le monde et bien on garde. Le truc pour l’instant c’est qu’il n’y a eut aucune modification par rapport aux textes originaux, ou très peu, ça n’a pas été de grand débat, on est souvent d’accord sur la manière de voir les choses, mais on discute beaucoup entre nous des textes et du sens que l’on veut donner. Pareil faut juste que ça fonctionne pour nous.
De quoi parlent vos textes ?
Qu’est-ce qui vous inspire ?
Ca parle de notre vision du monde, des pertes des libertés individuelles, du message étatique/publicitaire/politique, du combat contre la pensée unique, du combat contre l’homo phobie (et donc par découlement anti-sexiste, anti-raciste), de la séparation, de la télé réalité, de la mort d’un être proche, des normes de beauté imposée et du fait de se faire opéré pour ressembler aux couvertures de magazine, de l’acceptation de soi dans certain milieu, de la politique du FMI sur les pays du tiers monde, ce genre de chose.
Pour ce qui est de l’inspiration, je ne peux parler qu’en mon nom, c’est un peu un hasard en fait, je me lève pas en me disant, et tiens et si je parlais de ça. Ça vient des lectures (livres, magazine, BD), de reportages, de films, de discussions avec des ami(e)s, enfin rien d’extraordinaire, l’univers qui m’entoure. On exprime en général ce qui nous touche, ça varie selon les humeurs.
Pourquoi avez-vous pris le parti de chanter en français ?
On a décidé de le faire tout simplement parce que c’est plus simple pour nous, on s’exprime mieux dans notre langue maternelle, l’important pour nous c’est que cela sonne dans la compo. On a tout de même fait la traduction dans le livret et sur le site pour les anglophones, vu que l’album est sorti sur Unbeliever records, parce qu’il est important pour nous que les auditeurs sachent de quoi on parle.
Au niveau musical, quelles sont vos influences ?
C’est toujours dur de répondre à cette question, pas parce que je veux pas citer de groupe pour prétendre que l’on est un groupe unique et à part mais parce que nos influences sont très vaste, ça va de la pop au grind, en passant par du jazz, du garage, du métal, du dub, de la fusion, du hardcore, du punk, de la noise, du post-rock, de la musique instrumentale, de la musique traditionnelle, de la techno, on est des gros bouffeurs de zik. Après ça se ressent pas forcément dans notre musique, on a pas de ligne précise, aucun cahier des charges à respecter. Je pense qu’il y a des choses qui ressortent inévitablement, mais on se dit pas que l’on doit composer comme tel ou tel groupe, donc je pourrais te citer tout un tas de groupe mais je sais pas si ça éclairerait vraiment nos influences par rapport aux groupes, et pis ça te pourrirai ton interview de 2 pages, je suis pas sur que ça serve à quelque chose. Quand on a décidé de faire le groupe on s’ est donné aucune ligne, on voulait justement pouvoir élargir au maximum le panel musical, je dis pas qu’on y arrive mais c’était justement une volonté de notre part de ne pas se mettre de barrières. Après individuellement on a chacun nos préférences et par moment elles sont communes à différent degrés d’appréciation. Pour le groupe la chose qui nous importe c’est que ça soit un mix d’intensité/de rage, et de passage tout joli tout beau, mais faut que ça reste tendu dans l’interprétation, et évidement avec du sens dans les paroles.
Pourquoi les titres Pâles Héroïnes Ÿ, Déviation Ÿ et L’Employé du Mois Ÿ ne figurent-ils pas sur l’album mais sont dispos exclusivement sur votre site en téléchargement ?
Au moment de construire Ÿ l’album, l’ordre des morceaux, la manière dont on allait raconter l’histoire, on a préféré écarter ces morceaux, non pas parce qu’on les trouve moins bien, mais pour les mettre dans la set list ça devenait compliqué, et on voulait aussi un album pas trop long, peur de fatiguer sur la longueur. Et pis ça fait un petit cadeau pour les curieux qui visitent le site.
Tu dis que votre album raconte une histoire. L'histoire de qui (ou de quoi) ?
Quand je parle "d'histoire", c'est sur la manière de construire l'album, l'ordre des morceaux, le fait de mettre un morceau qui latte au départ puis un morceau avec un rythme différent, de faire attention où l'on place les morceaux plus calme, qu'à l'écoute cela reste varié, tendu, intense. De faire attention au morceau qui sont assez proche dans la tonalité, d'éviter de les coller à la suite, ou au contraire de les coller comme par exemple "Cigarette..." et "Dernières Egéries". Parce qu'au départ on avait un autre ordre et je t'assure, ça donne complétement autre chose, donc on fait vraiment super gaffe à l'ordre des morceaux, encore une fois à la manière dont on raconte l'histoire. Après c'est vrai qu'avec cet ordre là, on se réapproprie les paroles et ça crée une histoire avec des thèmes qui se suivent, se croisent, ça crée une ambiance. Il en va de même pour les concerts, ça reste important au moment de les jouer, comment on va faire découvrir notre musique aux personnes présentent, l'univers que l'on a envie de dégager, se que l'on a envie de partager, un concert change du tout au tout en fonction de l'ordre, et on a suffisament de morceau pour pouvoir varier les plaisirs. On est assez pointilleux sur ce genre de chose.
Vous avez effectué un certain nombre de concerts.
Avez-vous reçu un bon accueil de la part du public ?
J’ose croire que l’on a eut de bons échos, pas de jets divers et variés, pas d’insultes, les personnes présentes ont l’air d’écouter, on a pas encore vidé de salle. Après c’est dur de répondre dans le sens ou les personnes qui viennent te voir à la fin du concert sont généralement ceux qui ont apprécié. Donc reste les personnes que l’on connaît et généralement nous ont dit que ça le faisait. Après y a pas d’émeute quand on joue, mais on recherche pas forcément ça non plus.
Et de la part de la presse Ÿ ?
On a quelques kronikes qui sont sur le site d’ailleurs, la plupart sont plutôt sympa pour nous, on a mis aussi celle qui le sont moins, à partir du moment ou c’est argumenté, ça nous pose pas de problème, ça ne nous affecte pas outre mesure. Ce qui pour certain est raté est justement réussi pour d’autre, comme la prod par exemple. Question de goût personnel du chroniqueur. À la limite quand c’est exagéré, on a tendance à en rire. C’est toujours plus plaisant quand la personne a apprécié mais on a toujours pas vocation de plaire à tout le monde. Et les personnes ont le droit d’avoir un avis différent de nous, heureusement. Pour résumer on se plaint pas, l’accueil est plutôt encourageant.
Alors la scène parisienne ? Ca bouge un peu ?
Je trouve que ça se bouge pas mal en terme d’organisation de concert. Question public ça dépend des fois. On aimerait évidement toujours plus de monde, l’important est que les organisateurs ne perdent pas de thune et que les groupes puissent être défrayés un minimum. Question groupes y a des très bonnes choses comme partout je pense. L’ambiance entre groupe et l’entraide est plutôt sympa. Maintenant reste toujours les divisions entre les différents courants musicaux qui façonne le punk/hardcore, on mélange rarement le old school, l’émo/screamo, le crust, le grind, le fast-core, le sludge, le post-rock etc etc…..souvent des questions d’éthiques qui riment à rien. Je trouve dommage de se taper 4 groupes qui jouent dans le même style sur un concert. Non seulement ça peut être lassant, mais en plus ça crée forcément une hiérarchisation entre les dit groupes, et l’esprit de compétition ne devrait pas avoir lieu dans notre scène. Et généralement le public n’écoute pas qu’un style dans le hardcore donc c’est jouable à mes yeux.
Les Brumes Rétiniens Ÿ sont actifs au sein de ce microcosme ?
Sommes-nous actifs ? On est des spectateurs assidus je crois. On organise quelques concerts ou on aide sur certains autres. On a une distro ou l’on fait des échanges avec d’autres groupes/labels. On joue dans un ou plusieurs groupes. Après on pourrait faire plus et aussi faire moins, encore une fois aucun cahier des charges à tenir, c’est selon l’envie, c’est un peu ça qui nous motive et le plaisir des rencontres.
De quels groupes vous sentez-vous proches ?
Il y a des personnes que l’on connaît plus que d’autres au sein d’un même groupe, donc c’est plus une histoire de vécu avec une ou plusieurs personnes. De manière générale, on va dire qu’humainement tous les groupes que l’on a fait joué au Oh Yeah Festoch, sont des personnes que l’on apprécie. Tous les groupes que l’on a dépanné en montant un concert. C’ est pas forcément une question musicale. Mais citer des personnes précises y en a trop et je vais en oublier…..après dans la démarche, je pense que l’on a généralement la même, même si certains se prennent la tête à vouloir prouver au monde entier qu’ils sont plus que les autres, je veux dire on fait du punk/hardcore, si c’était porteur ça se saurait. On gagnera pas notre vie avec cette zik. Alors moi aussi je suis attaché à certains principes mais j’emmerde pas forcément mon monde avec. Y a des combats plus importants il me semble.
L’album est sorti sur votre propre label en co-prod avec un label Est-Européen, comment s’est passé cette collaboration ?
Bien très bien. Nous connaissons Krilaz depuis Gameness. Il avait sorti à l’époque l’album de Gameness sous format K7 pour ces mêmes pays. Nous nous sommes vu pendant la tournée dans les pays de l’est. On est resté en contact, je lui ai envoyé la pré-prod de l’album et il s’est proposé de le sortir. Tout simple en fait.
Parlons actualité :
Ségolène R., "femme la plus sexy de France", présidente ?
Tu y crois ? Ca va le faire tu crois ?
J’en sais foutrement rien. Bon déjà sexy, toujours plus que Sarko, après je te dirai que c’est pas son physique qui compte le plus dans l’histoire. À priori parti comme c’est parti, on est bon pour un duel entre ces deux là, parce que je vois pas comment au partielle des deux parties respectifs, ils vont pouvoir choisir d’autres candidats. Vu comment ils sont plébiscités au niveau sondage, je vois mal le parti socialiste, choisir un(e)/d'autre(s) candidat(es) en disant on l’a pas prise mais votez quand même pour nous Ÿ. Pareil côté UMP. Après on nous explique toujours qu’il faut voter parce que sinon on a juste le droit de fermer sa gueule, que l’on fait le jeu des fachos etc etc….. la bonne vieille rhétorique classique…….. réduit à voter pour le moins pire !!!!! Chacun sa conscience et ses choix.
La p’tite Marine pense que son papa, Jean-Marie LP., atteindra les 20% au Premier Tour des Elections Présidentielles.
Tu paries ?
J’espère très sincèrement que l’on va bien lui mettre son nez dans la merde à cette conne, après avec nos ami(e)s citoyens de notre cher pays faut toujours rester méfiant. Encore une fois chacun sa conscience et ses choix.
L'interview touche à sa fin :
Ta playlist du moment :
Faisons preuve de bon goût : TV on the Radio, Grand Corps Malade, Brain, Funeral Diner, Gantz, the Dresden Dolls, Unlogistic, Yaphet Kotto, Seven Storey Mountain, Lab°, the Cure, Transistorwatt, Breach, the Stooges, DVD de Fugazi, Iconoclast, Looking for John G, the Black Heart Procession, Vanilla, Ravi Shanka, Sex Pistols, Anthony and the Johnson, Jaco Pastorius, Dead Kennedy’$, Juno, Mc Lusky....
Ta shitlist :
J’en ai pas, désolé……. j’aime pas perdre mon temps avec les trucs qui me gavent, donc je passe très vite…….
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Pour ce qui est de Brume, faire un split avec les copains de Looking for John G, ça devrait sortir en vinyl si tout va bien, début d’année prochaine. On a quelques concerts de prévu. Tourner un peu plus aussi parce que pour le moment on s’est pas trop foulé. Et pis toujours composer pour sortir des productions qui nous plaisent bien. Thomas (le gratteux) est en train de refaire le site. Organisez le Oh Yeah Festoch number 5, et peut-être quelques concerts à côté, en fonction des demandes et des envies.
Y a-t-il une question que je ne t'ai pas posé et que tu aurais aimé que je te
pose ?
Nan, c'est ton interview pas la mienne héhéhéhéhé......
Un petit mot pour la fin ? Big up à tes potes ? Citations ? … ??
Grand merci à toi pour t’intéresser à notre petite histoire, j’espère que mes réponses t’iront bien.
Pour les potes, ils se connaissent alors bises.
N’hésitez pas à rentrer en contact avec nous, pour des infos, commande de skeud, proposer des concerts, etc etc … soit par le net, soit aux concerts.
sijenedansepas@yahoo.fr
www.brumeretina.c.la
Une citation : Il n’existera qu’une commune damnation tant que chaque être isolé refusera de comprendre qu’un geste de liberté, si faible et si maladroit soit-il, est toujours porteur d’une communication authentique, d’un message personnel adéquat. La répression qui frappe le rebelle libertaire s’abat sur tous les hommes. Ÿ Raoul VANEIGEM..
Peace
Vince
Par : thiob
le 08/11/2006
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