Les témoins de André Téchiné chroniqué par Musik Industry

Les témoins

Réalisé par : André Téchiné

Année : 2007

Pays : France

Genre : drame


Si vous aimez : Les roseaux sauvages d’André Téchiné, Kids de Ken Park, De l’autre côté de Fatih Akin


De plain-pied. C’est ainsi que l’on rentre dans la plupart des films d’André Téchiné. Les Témoins ne dérogera pas à la règle. La musique est forte, les touches de la machine à écrire résonnent et les lettres envahissent l’écran. Ma saison préférée ou encore Les temps qui changent débutaient par une mélodie entraînante et exotique, c’est ici un air d’opéra qui donne le ton, grave et vigoureux.
Sarah (Emmanuelle Béart) est une jeune mère contrariée, écrivain en panne d’inspiration et sera le fil conducteur en même tant que la narratrice de cette histoire. Autour d’elle gravitent son mari, flic et inébranlable, Mehdi et son meilleur ami, médecin et homosexuel complexé, Etienne. C’est ce dernier qui va intégrer à ce petit monde trop tranquille un élément qui va révéler les faiblesses de chacun, le jeune éphèbe Manu.
D’une manière directe et brutale, André Téchiné réalise ici une étude de m¶urs dans une époque donnée. Alors que les 3 couleurs primaires habillent astucieusement le film (rouge, jaune, bleu), le contexte des années 80 respire l’insouciance, semble illustrer un état originel. Avant que le virus du Sida n’apparaisse, la libération sexuelle est à son comble, les couples sont libertins et l’homosexualité commence à sortir du placard. La première partie du film est à l’unisson de ces mentalités : la lumière est chaude, les couleurs vives et les corps dansent et font l’amour.
Toutefois ce petit marivaudage va vite déchanter. La maladie apparaît et les masques tombent. A l’image de la jeunesse naïve des Roseaux sauvages, c’est du passage de l’innocence à la prise de conscience de grands enfants meurtris dont le film traite. Enfants, les personnages de ce film le sont restés, dans leur attitude individualiste et égoïste. Sarah veut terminer son roman, quitte à négliger son enfant, Mehdi veut revoir Manu, pour avoir bonne conscience avec lui-même, alors qu’Etienne se l’accapare dans un sentiment de possession. L’honnêteté et la franchise sont incarnées par Manu, objet de désir et de jalousie, véritable symbole de cette nouvelle génération victime de la crainte du Sida. Avec sa disparition c’est l’innocence sacrifiée de la jeunesse qui s’incarne mais bien plus encore la fin d’une ère, candide et frivole. Le premier roman écrit par Sarah traitait d’une maternité contrariée ; Le titre aurait été Le nouveau-né . Or, c’est un texte intitulé Le nouveau venu qu’elle donne à son ami Etienne. On peut lire dans ce titre l’intrusion de Manu au sein du groupe d’amis. Mais c’est de la venue du Sida, de ses chamboulements dans les mentalités, dont l’interprétation semble la plus forte. Une énergie à toute épreuve parcourt le film. La fébrilité de la caméra accompagne le mouvement incessant des personnages. Car c’est bien l’idée de passage dont il s’agit ici. Passage d’un être, d’une époque et de ses valeurs.

La dernière image du film nous révèle les protagonistes à bord d’un bateau filant sur la mer. Seul le visage de la jeunesse a changé. Le scénario se répète et avec lui les histoires humaines, à l’image du film, à toute allure.


Sébastien


www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=109394.ht


Note :             moyenne des notes données par les lecteurs : 4.0


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