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Still Life
Réalisé par : Jia Zang Ke
Année : 2007
Pays : Chine
Genre : drame
Si vous aimez : Dong de Jia Zang Ke, The World de Jia Zang Ke, Voyage en Italie de Roberto Rossellini
Actuel serait le terme qui définit le mieux le dernier film de Jia Zang Ke. Avec cohérence et lucidité, tant par les thèmes qu’il aborde que par son aspect visuel, nous sommes définitivement face à une ¶uvre en accord avec son temps.
La construction d’un barrage en Chine a pour conséquences d’engloutir des villages entiers. A Fengje, en amont du barrage, deux quêtes solitaires vont se croiser : San Ming veut retrouver sa femme et sa fille tandis que Shen Hong cherche son mari.
Une symbolique et une dynamique d’élan vers l’avant semblent constituer le corps même du film.
Du point de vue de la symbolique, les décors de ruines si singuliers pré-annoncent le renouveau et la modernité vers lesquels court la Chine. Essor économique et industrialisation fulgurante du pays sont des lignes de lecture qui coulent de source avec le récit. Une symbolique visionnaire donc, mais au service d’un ¶il critique et nostalgique. Mais une fois passé l’évident trait d’union, établit entre ces villages en ruines et la visée économico-sociale du film, c’est avec la quête des deux protagonistes que l’histoire prend forme.
Car regarder judicieusement vers l’avant nécessite de faire table rase du passé. Et la beauté du récit réside justement dans cet emboîtem ent, ce téléscopage des temps. Une sorte de parenthèse dans l’histoire, illustrée par l’errance des personnages, a la recherche de leur passé, qui semble lui-même flotter dans des villes fantômes. Mais ce stand-by temporel, hanté par le vide, est constamment tourné vers l’avenir. Alors que les décors apocalyptiques vont laisser place à un monde nouveau, le but des deux protagonistes est de se réconcilier avec leur histoire pour mieux envisager leur futur.
Quant à cette dynamique d’un élan vers l’avant, elle se retrouve plus dans la forme et fait de la caméra HD son outil de prédilection. Offrant à l’image une vitalité qu’on lui connaît depuis maintenant quelques années, elle ne se contente pas ici de lui donner une cure de jouvence mais est en accord même avec le propos du film. Passage d’un ancien monde au nouveau, d’une société à une autre, de l’analogique au numérique, filiation, filiation, filiation apparaissent comme la matière brute de l’¶uvre.
Mais le recours au numérique a aussi pour fonction de servir la dramaturgie et la symbolique véhiculées par le récit. Par une clarté, une netteté inouïe, ce procédé creuse la profondeur de champ et donne à apprécier le cadre dans sa totalité. Astucieusement combinée a des lignes de fuite et des effets de sur-cadrages qui guident constamment le regard vers l’horizon, le spectateur est invité à suivre le parcours des personnages, jamais balisé, toujours porté vers un ailleurs, un ultèrieur.
Enfin la place du corps et de son mouvement reste à définir. On l’a vu, la quête des protagonistes prend la forme d’une errance, qui à la recherche de leur passé font figure d’esprits en transit qui n’aurait pas fini d’accomplir leur tâche. Mais cette impression de flottement est accentuée par les corps en perpétuel mouvement qui les entourent. Shen Hong, sur une terasse, est la seule immobile alors que des couples dansent autour d’elle. San Ming, sur le bateau de son beau-frère, est le seul hors-cadre alors que les membres de l’équipage mangent leur bols de riz à l’unisson. L’individuel côtoie l’universel, la mélancolie côtoie le dynamisme de la vie, le révolu côtoie son suivant.
Et c’est ce mouvement permanent, des corps a l’intérieur du récit et de la genèse même du film, qui lui donne toute sa puissance, et qui tout en gardant un pied nostalgique dans le passé, tend une main confiante vers l’avenir.
Sébastien
www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=11
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