Concert de EMMURE + AUGUST BURNS RED + MISERY SIGNALS
30/03/2008
@ Paris / Batofar
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je dois préciser que j’attendais beaucoup de ce concert. Il était annoncé depuis des mois, donc des mois que je torturais mes proches de Paris et d’ailleurs pour assister à ce qui allait être certainement pour moi un des concerts de l’année. Je suis un enthousiaste, je ne changerai pas de si tôt. Des mois que je repassais en boucle les albums de ces trois groupes dont il n’est pas nécessaire de faire une promotion abusive pour attirer le chaland à leurs concerts. Des formations établies, en passe de devenir des références, mais encore dans l’étape fragile où le succès a encore besoin de chaque prestation pour confirmer durablement son assise. Est-ce que mes attentes ont été satisfaites ? Je vous laisse le soin d’en juger par vous-mêmes.
L’affiche étant de taille, tous les groupes locaux ont du se précipiter pour assurer la première partie et exercer une pression insupportable sur les organisateurs afin de jouer ce soir-là. On ne peut qu’imaginer la guerre souterraine impitoyable qui a du avoir lieu pour, qu’au final, il reste quand même quatre groupes à jouer en première partie d’une tournée déjà constituée de trois formations – mais c’est un détail de l’histoire, comme dirait l’autre. Mea culpa, donc, car afin de préserver une certaine fraîcheur lors des prestations des Américains, je décide volontairement d’arriver plus tard au Batofar : raté, j’assiste quand même à un bout des groupes locaux, qui ont l’air de se débrouiller, mais mon attention était ailleurs, je ne peux donc pas vous en fournir une critique constructive ici.
Rentrons alors dans le vif du sujet : Emmure débarque sur scène. L’album est déjà prometteur et annonce du remue-ménage sur le parquet du dancefloor. Apparemment, mon avis est partagé par beaucoup, puisque dès les premiers accords, un pit énorme perfore la foule du Batofar, où virtuoses amoureux de la discipline côtoient des durs, des vrais, qui, marcels transpirants et bandages de blessures de guerre passées, s’évertuent à transpercer la foule, histoire de sentir un truc mou sous leurs coups. J’essaie de m’intégrer à ce patchwork et je me focalise sur la prestation d’Emmure, attendant que ça me fasse lever les jambes ou remuer les bras. J’attends… Rien. La foule est en délire, j’ai pourtant sorti un jean large de planchiste à roulette en prévision d’une activité sportive, mais toujours rien au fur et à mesure des chansons. Le son est gros, il y a de la mosh part, des cassures efficaces, mais je me rends compte qu’il y a plusieurs choses qui m’empêchent, en toute honnêteté avec moi-même, de vraiment apprécier. La principale est l’attitude du chanteur. Je m’explique : il y a des parties black-metal dans Emmure qui ne surprennent plus personne au vu des standards musicaux actuels. En revanche, on peut choisir de les interpréter différemment sur scène (cf. August Burns Red plus loin). Le vocaliste a opté pour la version je fais des yeux exorbités en prenant des expressions de serial killer tout en contorsionnant mes doigts de manière satanique et tâchant de faire peur aux gens Ÿ. Tout ce qu’il y a de plus ridicule, surtout avec un physique de nounours. C’était gratuit, sans aucune portée, il n’y a rien qui passait à travers lui, bref, c’était creux. Etant sincèrement agacé par les expressions de ce chanteur, la linéarité des plans m’a sauté aux yeux et les schémas des morceaux m’ont fatigués à la longue par leur répétition. Du coup, j’ai trouvé ça facile, sans grande subtilité – même si la brutalité peut être subtile –, voire ennuyeux.
August Burns Red. Deux albums carton, techniques, efficaces et d’autant plus d’attentes sur scène. J’avais peur de rester sur ma mauvaise impression alors que la soirée était déjà bien entamée. J’ai pris un soufflet, que dis-je, une claque, que dis-je, une centrale nucléaire ukrainienne tractée par un Boeing un matin de septembre 2001, et avec classe. Une attitude simple, des visages ouverts, une réelle envie de communiquer, une expression scénique puissante, mais courtoise, et qui vous transporte là où c’est bon. Et putain, qu’est-ce que c’était bon. Mosh parts sur singalongs, en veux-tu en voilà, des breaks comme s’ils étaient amenés par James Bond et servis par Rambo lors de vacances estivales en Birmanie. De la mélodie, du rythme, de l’échange, en un mot : de l’énergie. Du hardcore comme je l’aime et comme j’aimerais en voir plus souvent. Mon unique regret est qu’ils n’aient pas joué Endorphins, le morceau à la cassure pachydermique du précédent album. Je m’étais cassé la tête en plus à apprendre les paroles pour faire mon intéressant, et ben raté. La soirée est sauvée quoiqu’il en soit, August Burns Red a placé la barre très haut et pourtant avec un style musical que l’on entend de plus en plus, évitant tous les écueils du genre. Comme quoi, tant qu’il y a de la sincérité, c’est efficace.
Suite au cratère béant laissé dans le Batofar par ce groupe, il était difficile de continuer en si bon chemin. Il est déjà plus de 23h (merci les premières parties) et la salle s’est sérieusement vidée au profit des quais de métro et de RER. Et oui, c’est dimanche, demain y a école et travail, mais pour Misery Signals, je prévoyais que l’attente valait la peine. A vrai dire, j’étais surtout venu pour eux. Il y a des passages dans la vie où on n’écoute plus du tout de hardcore pendant une période (et c’est normal), à l’exception de certaines perles rares. A mon sens, Misery Signals fait partie de ces champions qui vous accompagnent peu importe l’humeur du moment. Le changement de plateau s’éternise et quand ils sont enfin prêts, conscients que l’assistance s’est sérieusement biodégradée, ils enchaînent assez rapidement leurs morceaux, avec peut-être moins d’enthousiasme qu’ils n’en auraient eu une heure plus tôt. Néanmoins, Misery Signals, c’est un bloc. Le set est cohérent, travaillé, les ambiances de l’album sont reproduites à la perfection sans perdre de leur puissance. Car ce groupe foisonne de mélodies à vous faire réfléchir sur le sens de vos actions passées lors d’une soirée au soleil couchant au sommet d’une montagne. C’est mélancolique, mais teinté de rage, c’est brutal, mais chargé de délicatesse. Ceci, je l’ai vraiment apprécié, le groupe a choisi le parti pris d’intégrer à leur tracklist toutes les petites intro mélodieuses de l’album et les morceaux plus calmes qui normalement sautent lors d’une tournée où l’on se concentre habituellement sur la puissance. Le batteur tire la gueule quand il joue, mais on y prête pas attention, tant il fait preuve d’une technique et d’une interprétation hors du commun. Le petit vicelard rajoute des plans ternaires à la double pédale à des passages où il n’y en a pas en studio, ce genre de petite gourmandise dont on se délecte en concert avec plaisir. Les guitaristes bougent bien, font correctement leur part du boulot, mais sont effacés par la présence du chanteur, taillé façon quaterback élevé au bifteack et qui parcourt la scène de long en large, prouvant qu’on peut avoir une voix encore plus grosse qu’en studio, ce qui dans son cas est un beau pari. Nous ne sommes pas beaucoup dans le public à montrer notre sollicitude envers une telle perle, c’est dommage. A titre personnel, je suis déçu qu’ils n’aient pas joué Something was always missing but it was never you, pour moi un des morceaux les plus profonds qui ait été composé dans ce registre musical. Même frustration que pour August Burns Red, c’est une malédiction qui me suit maintenant depuis plusieurs concerts.
La soirée est terminée, à notre tour de courir pour ne pas rentrer à pied. Cela aurait pu toujours être mieux, mais cela a eu lieu et c’est le principal, j’ai vu deux groupes excellents qui, dans un style proche, ont offert deux prestations complètement différentes, mais chacune excellente dans son registre d’émotions. Le reste du concert en est resté insignifiant.
Alex
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