Concert de GROEZROCK - PART II
10/05/2008
@ Merheet / open air
Tu l'as voulu, hein, tu l'as eu. On entre véritablement dans le coeur du sujet avec notre arrivée triomphale sur le site. Dans un accès d'altruisme, on embarque deux auto-stoppeurs flamands. Oui des hommes. Quand je vous dis que l'humanisme et la solidarité ne sont pas des valeurs mortes... On débarque notre merdier, à savoir une quantité démentielle d'alcool cheap et quelques fringues aux alentours de 14h, ce qui s'avère être le minimum syndical aux vues du bordel ambiant: ça klaxonne, ça traine ses futs dans la poussière, ça gueule, ça chante, ça impose sa track list emo-screamo dans toutes les langues, ça chie dans le fossé. Une ambiance à la fois primesautière, iconoclaste et urgente, telle une banderole du PSG flottant dans le soir printanier. Planté de tente et rinçage du gosier avec le voisinage. Ruée dans les brancards généralisée. Pour que dalle.
L'ouverture du festival se fait dans la douleur avec toute une flopée d'insupportables branle-burnes post screamo et metalheads poseurs sans originalité. Ca mérite qu'on s'accoude au comptoir quelques heures en refaisant le monde avec quelques charmantes teutonnes. On se décide à finir nos verres pour assister à la prestation d'Alkaline Trio. Ce groupe de Chicago aura ponctué mes poussées acnéïques pendant un bon moment. Maybe I'll catch Fire Ÿ (2000), From Here to Infirmary Ÿ (2001), autant de galettes et de tubes gravées dans ma mémoire. Avant d'en renier définitivement l'esprit dépressif et blasphématoire. Douce nostalgie et marade intérieure, au moment de leur entrée sur scène. La suite est un calvaire. Inutile d'ergotter là dessus, c'est juste affligeant.
J'assiste à la fin du concert de Finch et là, malgré les à priori, c'est nettement plus impliqué dans la forme et carré dans le fond. Que quelqu'un me passe juste une paire de cisaille que je fasse un sort à la coiffure du chanteur. Finch remballe le matériel, la salle se vide. Ce sera sans moi, amigos. Je me colle aux barrières. La fête commence maintenant. Un petit rêve éveillé. Hot Water Music. La bande son de mes premières (moites) étreintes, des ruptures difficiles, des road trips rigolards. De tout ce qui a marqué mon existence, en fait. Avec Samiam, Second Rate et Therapy? Et un peu comme les histoires d'amour, l'addiction nait du manque. J'ai eu la (mal)chance de voir Samiam recemment, Therapy plusieurs fois en Irlande (aaaaah Screamager...) et Second Rate, ouais, si on veut. Dans Lost Cowboy Heroes, Hawaii Samurai, Generic, Billy the Kill, the Black Zombie Procession... J'avais fait une interview de Chris Wollard au Batofar lors de son passage avec The Draft (trois membres de HWM) et sa disponibilité, sa générosité dans l'échange m'avaient particulièrement marquées. Et je n'osait imaginer ce charisme associé à celui d'un génie tel que Chuck Ragan. Cette voix burinée qu'on ne pourra jamais avoir, même en se martelant les cordes vocales au whisky et à la clope bon marché. Oui, l'amour prend racine dans la frustration et la jalousie. Et c'est tellement agréable de souffrir pour des raisons si frivoles. J'ai chialé pendant ce concert. Voilà. Une enfilade de perles powerpop / punk / hardcore jouée avec hargne, comme si tout pouvait exploser la seconde suivante. Et c'est bien ce qui se passait. Hot Water Music est un grand groupe. Bouncing Souls aussi. Alors quand les membres du combo du New Jersey envahissent la scène, le caleçon frémit, le furet transpire et gémit d'aise. Il me faudra quelques longues minutes pour m'en remettre. Je croise Olivier DPC Ÿ Portnoi à la sortie. Apparement, lui aussi virevolte au dessus du désordre ambiant. J'en fait des caisses? On est pourtant encore loin de la réalité. Et je vous emmerde.
Les derniers morceaux de Billy Talent me titillerons vaguement les tympans. L'essentiel est ailleurs.Au fond d'un gobelet en plastique, assurément. On continue à piccoler bien après la fin des concerts et là encore. On se tombe encore quelques bières avant de se replier vers les tentes pour une ultime session guitare acoustique et feu de camp au clair de lune. Au plumard. Mais d'abord, rien de tel qu'un petit vomi sur la tente des voisins allemands histoire de leur rafraîchir la mémoire sur leur passé douteux. Je suis un grand rancunier.
J'emmerge dans la douleur autour de 8h du matin. Le soleil cogne, la douche s'impose. Un tuyau d'arrosage, un flacon de shampoing à la menthe et un slibard propre. Voilà de quoi envisager la suite sous de meilleures auspices. Je me sens un peu consanguin, ce matin. Je me pose quelques minutes avec des anglais d'Exeter, en attendant que la raclure qui partage ma tente daigne sortir du brouillard. Une chance: ces types, en ont dans le crâne en plus d'être de sacré bons zigues. On cause de Boss Tuneage, de la mort prématurée de Wiz, frontman de Serpico, Ipanema ou MC4. Apparement, l'événement a crée un trouble assez profond dans l'esprit du punk mélomane de base. On s'écoute d'ailleurs le split Atomic Garden / Ipanema pour se réchauffer le coeur. Si tant est que ce soit utile. Entre la Jupiler chaude et les UV dévastateurs qui nous tombent sur le coin de la gueule, un Mister Freeze n'aurait pas fait tâche. Mais c'est un peu le fil rouge de ce festival: qu'elle que soit la situation, tu pèles des épaules. Avant de se barrer sur le site, les anglais me refourguent un skeud de leur groupe en me faisant promettre de le chroniquer à mon retour. C'est une merde. Voilà les gars, c'est fait. Comme quoi le bon goût ne se répercute pas toujours au bout des doigts, lorsqu'il est temps de poser quelques accords.
Premier concert de la journée et grosse découverte. El Guapo Stuntteam envoie un gros rock'n roll sans complexe, teinté d'accent blues / stoner bien sales comme les Flying Donuts savent bien le faire dans nos mornes contrées. Ca me fait un peu penser à du Fu Manchu en plus mélodique. En plus déconneur aussi. Le public, encore épars et embrumé l'a bien compris. Une formation belge à suivre. Juste après c'est au tour de the Loved Ones d'enflammer le pit'. Putain de nom de dieu, un vrai régal. Des transfuges de Kid Dynamite, Trial by Fire, the Curse et Paint it Black. Un groupe qui cherche juste à se faire plaisir sur scène. Ca se ressent. Et Dave Hause est quand même un putain de front man qui sait motiver les foules. C'est dans cette chaude ambiance qu'on rencontre un shleubi ou blaz imprononçable avec qui nous perdrons une grosse partie de la journée. Une belle clique formée de quelques hollandais, allemands, des français de Nancy avec qui je peux échanger quelques anecdotes pas piquées des hannetons (sur ce con de Braddy qui ne trouve rien de mieux à faire que s'exploser le coude avant de partir en tournée dans les pays de l'Est). Et une fois n'est pas coutume, on se lubrifie conséquemment l'oesophage. A 15h, circulez, plus rien à voir, je suis ivre saoul comme aime à me le rappeler Tibo, bien mal en point de son côté aussi. C'est à peu près à ce moment là qu'on va perdre nos portables. Et notre dignité. On croise la clique des parisiens sans permis, à savoir Mike Baroud, Steph, Till Guerilla Poubelle et quelques autres. J'en louperai presque 59 Times of Pain, deuxième groupe griphonné dans ma want list. C'était parfait. Mais je manque pas mal d'objectivité. Ah ouais, j'ai loupé A Wilhem Scream au fait. Pourquoi? Et bien je n'en sais foutrement rien. Une multitude de microfailles spatio-temporelles ont émaillé ma journée. Et comme le dit si bien Keith Richards, la vieille burne fripée: J'essaye d'écrire mon autobiographie mais je suis incapable de me souvenir ce que j'ai fait hier Ÿ.
Retour au bercail pour se flamber le Pastis. Tibo roupille encore et se fait allégremment taguer le bide par nos voisins de Beauvais. J'avoue que j'ai mis la main à la pâte (pour parler du bide de Tibo, sachez que la métaphore n'est pas si éloignée de la réalité) en inscrivant quelques réflexions de haute volée. Le zizi c'est la vie Ÿ au marqueur, sur l'avant bras. La classe.
Je profite de ces quelques minutes de répit pour dragouiller une petite serbe à quelques tentes de là. Elle tombe sous mon charme dévastateur et ma gouaille sans pareille... Mais que voulez vous, l'alcool a ses raisons que la raison ignore et au lieu d'emballer ma proie, je décide de sporter avec la clique. Pas de zizi pour bibi, en somme.
On quitte enfin le camping et je déambule béatement sur le merchandising. Je jète mon dévolu sur un Tee Shirt estampillé Groezrock, un 59 Times of Pain et un dernier Punk's dead, Emokids next Ÿ du meilleur effet qui m'attirera quelques regards noirs rafraichissants. Haaaa la provoc' gratuite...
Retour au camping pour changer de fringues. J'aurai mieux fait de dauber comme un crust le reste de la soirée. Sur le trajet, je reçois une chaise en travers de la gueule. Une conasse imbibée qui trouvait rien de mieux à faire. Direction les urgences, je pisse la sang. Quatre points de suture sur le haut du tarin. Mais surtout Agnostic Front, Sick of it All, Thursday et Bad Religion jouant sans moi à quelques bornes de là. Chierie.
Je rentre pour le dernier morceau de la bande à Greg Graffin et je vais me pieuter sans un mot, resassant la quantité de sévices corporels à infliger à ce genre de pétasse inconsciente. La fête se poursuit sans moi. Et c'est pas dommage.
Dimanche. Il est temps de plier bagage. Avec quelques regrets. On pense à la somme de travail qui nous attend au retour, au portable, à Bad Religion et à mon pif couturé. Dans une petite balance métaphysique, ça pèse quand même pas bien lourd face aux bons souvenirs. On embarque deux membres de Next Friday Ÿ sur le retour. On balance Danko Jones à fond. Nous revoilà invincible. Et Paris, ce Thoiry du pénible peut toujours aller se faire foutre. C'est l'été, ouais.
Et le punk rock avec sa folie, sa candeur en reste la bande son idéale.
bloody udall
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