Concert de Turbonegro à Trabendo le 10/12/2007

Concert de Turbonegro

10/12/2007

@ Trabendo / Paris


Je sais je me répète. C’est mon côté Kevin Smith. Le talent en moins.
Je sais je me répète, mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, un rien m’énerve. C’est mon côté Bacri, l’âge en moins.
Je sais je me répète, mais c’est parce qu’au fond j’espère que ce que je raconte va en toucher certains et les faire réfléchir sur le monde qui les entoure. C’est mon côté ultragauchiste, la sexualité en plus.

Depuis le temps que je fredonne Apocalypse Dudes, cet hymne fantastique à la bouffe italienne, j’étais très heureux d’enfin voir Turbonegro. Franchement, comme on dit dans le sud, franchement disais-je, franchement, parce que vous savez je me répète, franchement j’étais excité comme pour la sortie de l’épisode 1 de Star Wars. À tort ?
Et bien oui, ça n’a pas loupé, de la même manière que La Menace Fantôme m’avait laissé un goût amer dans la bouche, j’ai été déçu par les norvégiens. Le film de Lucas m’avait au moins permis d’inventer une nouvelle expression pour qualifier une grande espérance suivie d’un désenchantement, et dont je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous tout de suite pour que vous m’aidiez à la populariser. Exemple :

-Alors t’as couché avec Marie ? Depuis le temps que t’en rêve. C’est vrai qu’elle est super bonne.
- Oui, c’est fait.
- Alors, bien ?
- Très décevante. Cette fille est une menace fantôme.

Pour Turbonegro, malheureusement, pas de compensation linguistique. Simplement une nouvelle occasion de me répéter et de repenser à Lester Bangs et ses prédictions si justes. Ça ne me fait même plus marrer.

J’attendais un grand spectacle rock’n roll. Un truc de fou, haut en couleurs, violent, sensuel et débordant d’énergie (c’est un mot que je ne cesse de répéter, vous ne trouvez pas ?). Une claque à l’industrie du cool qui fait des ravages parmi les troupes, une pureté perdue, un bras d’honneur à l’establishment rock, voilà ce que j’avais osé espérer de ce live.
Du spectacle, il y en a eu : costumes, jeux de scène, interludes drôles entre les morceaux parfaitement exécutés, enchaînement des tubes, bref, rien à dire. Le public aussi tient ses promesses. Dans la fosse, ça bouge. Tout autour, ça crie et ça chante. Certains sont maquillés, d’autres ont des looks travaillés mais bon esprit. On n’est pas passé loin du concert parfait.

Alors pourquoi suis-je déçu ?

Parce que ça sonnait faux. Parce que ce groupe qui se la joue rock’n roll disposait d’une équipe et d’une organisation digne des Stones aujourd’hui. Un type monte pour slamer, un chien de garde (du staff du groupe, pas de la salle) lui saute dessus pour le sortir par le côté. Le mec se débat et réussit à se jeter dans la fosse. Après lui, les chiens de garde restent à l’affût. Le moindre mouvement suspect entraîne une réaction, mais le groupe n’a rien à craindre, plus personne ne tentera sa chance.
Deuxième chose, vraiment ridicule cette fois. Lors d’un morceau, Euro Boy, le guitariste soliste grimpe sur un retour, ou une enceinte. Pour ne pas qu’il se blesse, le mignon, ou parce que son équilibre est précaire, un chien de garde descend dans la fosse, se place en dessous de lui et le soutient par le ceinture de son jeans. Putain de bordel de merde, je suis le seul à trouver ça plus que ridicule ?
Il y a ensuite le cas des rappels. Je déteste les rappels. Comme l’explique si drôlement Desproges, pourquoi dans les métiers de la scène doit-on faire des rappels ? C’est ridicule, comme principe, si on l’applique aux autres tafs. On imagine mal un plombier, par exemple, re-sonnant à la porte après avoir réparer un lavabo, juste pour donner un petit coup de clef de 12 ! Ÿ
Deux putains de rappels. Avec des attentes de 5 minutes. Tout ça pour jouer aux rockstars. C’est pathétique.
Ah, et j’oubliais que les chiens de garde avaient aussi la tâche de réaccorder les instruments pour les musiciens. Il faut avouer que c’est dur à faire, autant avoir un larbin pour ça.

Alors voilà à quoi j’ai pensé en regardant le concert, au fur et à mesure que montaient en moi la déception et l’ennui. Je me suis souvenu de Cobain mettant un coup de guitare à un vigile qui avait empêché un mec de monter sur scène. J’ai repensé aux concerts de Fugazi, à la simplicité des mecs et à la folie de leurs shows ; à leur authenticité. Je me suis souvenu de Presque Célèbre, le merveilleux film de Cameron Crowe, et à la prestation de Philip Seymour Hoffman dans le rôle de Lester Bangs. Honest and unmerciful Ÿ. Honnête et sans pitié. Enfin, je me suis dit que j’allais encore me répéter lors de mon report, que j’allais encore passer pour un mec qui n’aime rien, alors que c’est faux, tellement de choses m’enthousiasment chaque jour. Mais c’est vrai que beaucoup d’autres me déçoivent. Rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme.


Alex




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