Concert de Amen Ra + The Hangman’s Chair + guests
08/06/2009
@ Paris / le Klub
Je ferais partie d’Amen Ra, j’embaucherai un chargé de com de talent. Genre Denis Migros. Parce qu’en terme de diffusion de leurs dates, ces chers flamands fournissent un travail d’arabe (sans racisme aucun, j’adore le couscous). Exemple : j’ai été par chance alerté de ce concert la veille, alors qu’un tel groupe constitue forcément un mini-évènement en soi. Alors ok, je vais peut-être insuffisamment piocher mes infos à la source, mais tout de même. Cette com aux frontières de l’anonymat aurait mieux cadré avec la venue, à tout hasard, d’un Copy of a Copy. Bon, il s’agit finalement d’un mal pour un bien tant la capacité du Klub s’avère extrêmement réduite. Surtout quand un bovin metalleux aux épaules chabalesques s’insère devant toi juste avant le début du concert. Je t’en reparle un peu plus loin.
En ce lundi pluvieux, Amen Ra partageait donc l’affiche avec The Hangman’s Chair, Arafat et Frrt. Soyons clairs, je n’en avais strictement rien à foutre des premières parties, voilà pourquoi je me suis arrangé pour arriver relativement tard. Surtout que la dernière fois où j’ai disserté – avec finesse et talent – sur la prestation d’une première partie, certaines personnes se sont permis de remettre en cause mon professionnalisme. L’indignation me réveille encore la nuit. Désormais, je déplacerais mon auguste fessier spécifiquement pour les groupes qui m’intéressent, ce qui présente 3 avantages majeurs :
1) Epargner à mes oreilles la malbouffe auditive (ex : maroilles-core)
2) Eviter de me fatiguer inutilement à rester debout pendant des plombes (je vieillis)
3) Limiter le contact avec la plèbe qui compose le public
Bien m’en a pris. Car vu l’exigüité du Klub, cave rikiki et mal foutue au 2ème sous-sol (qui soit dit en passant me semble contrevenir à de nombreuses consignes de sécurité), il est certain que j’aurai fini par m’énerver si j’avais dû passer plus d’1h30 sous terre. Fort heureusement, je n’ai déboulé qu’à la fin du set de The Hangman’s Chair, entité aux relents évidents de sludge/southern à barbe de taliban. Marrant 5 minutes. Ca tombe bien, c’est pile le temps dont j’ai disposé pour les juger. Pas grand chose à te raconter, à part cette sale habitude de trop nombreux groupes : jouer bien trop fort par rapport au lieu. Messieurs, un peu de bon sens, que diable ! Atteindre 120 dB ne signifie pas la réussite d’un bon gros mur de son. Bref. Pendant que les types remballent, Amen Ra se met en place. Doucement. Les mecs ont l’air plutôt détendus et prennent leur temps, tandis que je me demande comment ils réussiront à exprimer leur jeu de scène avec si peu d’espace. Venant briser mon vagabondage interrogatif, un pur stéréotype metal surgit dans mon dos, 2 bières à la main. Il s’incruste comme un putain de rom au feu rouge, avec son lave-vitres, sa brosse et son accent de pauvre. La tragédie, c’est qu’il finit par se placer juste devant moi. Quand je dis juste devant moi Ÿ je signifie exactement au pire endroit possible Ÿ. La haine, jusqu’ici contenue, s’invite en mon for intérieur. D’autant que ses conversations et autres concours de rots en compagnie de ses amis exhortent mon coude à rencontrer son nez. Cet hominidé mal dégrossi aurait délibérément voulu me casser les couilles qu’il n’aurait pas procédé autrement. Hélas, ce n’était pourtant là que le prélude de son show, qui aurait poussé Gandhi à égorger sa fille. Je te le fais en accéléré : headbanging à 2 cm de moi avec ses cheveux longs fouettant mon visage, obstruction systématique du meilleur angle de vue, prise de photo les bras écartés…le Four, oui avec un F Ÿ majuscule, me vint à l’esprit avec l’évidence des solutions qui s’imposent. Passons et venons-en enfin à l’unique motivation de ma venue : revoir Amen Ra.
En réalité, rien n’a véritablement changé depuis mon report précédent sur eux. Le même raz de marée plongeant instantanément le public en transe, un Colin rageusement possédé, ces néons au sol qui séparent définitivement Amen Ra du reste du monde. Tout cela n’a pas varié d’un iota. Une pensée particulière pour le batteur, dont je n’avais pas relevé la justesse et la précision pourtant indispensables au caractère chamanique de leur musique. Ce n’est pas pour rien que nombre de leurs visuels s’axent autour du concept de church of Ra Ÿ : l’atmosphère mystique enveloppant le groupe est immédiatement palpable, presque visible, même pour les plus idiots des metalleux consanguins présents à cette soirée. Climax de leur set, le proprement monstrueux Am Kreuz, indépassable de puissance hypnotique, creusant les sillons de l’âme pour en expier toute la colère contenue. A chialer de bonheur. Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, un concert d’Amen Ra est infiniment beau, limpide et saisissant, malgré l’opaque nuage noir que semble inspirer leur écoute. Devant le spectacle de l’investissement total d’un groupe dans son ¶uvre, j’en oublie tout ce que j’ai vécu avant, j’en oublie qu’il existe d’autres groupes. Il me faut durement labourer ma mémoire pour me souvenir d’une formation m’ayant aussi profondément secoué en live, rares étant les élus capables de livrer une intensité aussi paroxystique à chacune de leur apparition. Ce qui me fait dire, avec toute l’objectivité qui me caractérise, qu’un concert d’Amen Ra est la meilleure expérience scénique qu’il soit possible de vivre. 40 minutes qui en ont paru 10.
jAck
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