Concert de Isis
09/12/2008
@ Paris / la maroquinerie
Je ne m’en cacherai pas, Isis fait parti intégrante de ces groupes que j’adore pour les structures musicales qu’ils développent sur de longues et savoureuses minutes. Un art qu’ils savent parfois travestir jusqu’à devenir presque symphonique. Même si c’est loin d’être technique, c’est sur la longueur que s’exprime leur virtuosité.
En arrivant, c’est mon instinct anti-grégaire qui fulmine intérieurement et je me mets à haïr ces rassemblements tellement l’ambiance me paraît déjà vue, peut-être trop vue…
La première partie c’est un concept à la croisée entre du Genesis sous LSD et les Kooks façon patineurs sur glace, vous savez avec ce truc ultra moulant qui vient retenir ces bedaines de trentenaires en pleine crise identitaire. Alors c’est pas cool pour Phil Collins et Peter Gabriel (même si le batteur touchait sa bille) mais leurs musiques étaient aussi déstructurés que fatalement emmerdantes. D’autant plus qu’arborer des chevelures comme les leurs était franchement risqué. Seuls les plus grands s’en sont tiré (et encore, on chambre encore Gerfunkel…)
Bref ISIS vient relever le niveau alors que la maroquinerie est pleine à craquer. Putain de salles parisiennes j’vous jure.
La prestation des cinq de L.A. vient imbiber nos oreilles avec une lourdeur attendue, élargissant l’image stéréo de la salle tels des chirurgiens armés de forceps. L’ambiance se fossilise pendant l’intro pour mieux éclater lorsque le trio guitariste s’exprime à travers les foudroiements sombres de leur discographie. On ne peut pas rester insensible à leur manière d’amener la mélodie, empruntant parfois des détours, parfois une ligne directe vers l’essentiel. C’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît : la délicieuse antithèse de leurs morceaux.
Vient alors à l’excellent In Fiction Ÿ que la batterie installe dans une montée rythmique imperceptible aux oreilles impatientes. Tout se joue sur un suspens suggéré chargé de messages cinématographiques.
Je finis à un moment par me demander qui sont tous ces trous du cul qui inondent la salle. Entendent-ils la même chose que moi ? Isis est une expérience personnelle presque intime, alors pourquoi diable y a-t-il autant de fils de putes autour de moi alors que je me laisse déborder dans une dépossession de surmoi pré-orgasmique, là, maintenant ? Quelle incorrection, ils auraient pu demander avant de partager cet espace temps. Je croyais qu’il m’était dédié. C’est à peu près la désillusion qui me remplissait, au moins tout autant que le désir de matraquer 2 ou 3 émos de passage.
Grining Mouths Ÿ vibre avec une science émotive exacerbée et, Ô mon dieu, c’est mon c¶ur qui décroche à chaque coup de grosse caisse ! L’idée de mourir d’une crise d’Isis est séduisante et …….. … .. . ! …non, rien à faire. Cette vie de chien s’accroche à moi comme une déception amoureuse tenace ou une ex-femme vénale. Ou encore Denis sous cocaïne…
On en vient à réaliser les élans que peut susciter un tel groupe dans le savant mélange, divinement organisé, de notes pathétiques, la cadence introspective d’organes rythmiques et la désinvolture contrôlée de gammes antinomiques.
Un cauchemar au paroxysme de la séduction, une idylle ravagée par les flammes, 5 grains de sables dans les rouages de la monotonie.
J’emmerde les parisiens qui ont eu la même mauvaise idée de venir à ce concert alors que j’y allais (c’est vrai quoi, ils auraient pu se concerter pour y aller un autre jour) et décide alors de partir avec tout le dédain et le snobisme silencieux qu’ils méritent, vers mon appart’ du 2ème.
n i c o
|