Concert de Mogwaï
18/09/2008
@ New York / Terminal 5
Ô Mogwai ! Oui, en concert. Cool non ? Bah il parait. Avec tout ce que j’ai entendu à leur sujet quand ils foulent les planches d’une salle, j’en étais forcément tout chose. Vous savez, tout chose ? Genre quand on rentre chez soi en faisant mine que c’est une soirée comme les autres alors que vous avez déjà intercepté sans le vouloir un texto de votre copine préparant une giga teuf pour votre anniversaire avec tous vos amis. L’impatience et l’appréhension. Ce genre là.
Ouais en plus j’ai dû marcher pas mal avant de trouver la salle dans l’upper west side (j’ai l’impression de réécrire American Psycho bon sang) le fameux Terminal 5. Alors vu de dehors ça paye pas de mine mais à l’intérieur il y a de quoi ridiculiser un Élysée Montmartre sans peine. Une salle baignée d’ondes infra-bleues (ouais j’invente des mots et alors ?) et vibrant d’un mouvement lent et sensuel dans un décor théâtral à trois étages. Moi forcément, je suis sous le charme…et je file au bar prendre une mousse, une Budweiser s’il vous plait c’est combien ah ouais c’est pas donné voilà les 6 dollars vous êtes très aimable ma jolie on se voit tout à l’heure. La foule s’amène sans trop se presser alors que la première partie commence : un duo en apparence prometteur. J’veux dire, ils semblent capables de faire un truc bien. Sauf qu’à un moment je remarque qu’un des deux porte un slim blanc et je me suis senti mal. J’ai pas régurgité toute ma bière mais c’était pas loin, alors j’ai décidé de la siffler sans trop tarder pour aller en prendre une autre. La musique ? Et bien l’idée n’est pas con. A la base en tout cas ça semble solide : 2 mecs qui se font face de part et d’autre d’une table couverte de machines à sons, de câbles et autres boites à bidules. Genre le truc qui peut avoir de la gueule. Ouais mais seulement quand on a du talent. Parce que j’ai bien cherché en plus, mais sur la table ils l’ont oublié, j’ai pas vu de talent. C’est pas grave, j’écoute quand même parce que je suis pas un extrémiste non plus et que le peu de philosophie que je possède m’apprend à être patient, un vieux sage vous voyez, et que le peu de psychologie qu’il me reste me fait songer qu’un mec qui monte sur scène affublé d’un slim blanc n’est peut-être pas aussi désespéré qu’il n’en a l’air. Bref, j’écoute quoi. Et puis je m’emmerde. Ouais quand même un peu….sérieusement en fait. Mon dieu quelle merde infâme ! Je hurle, je transpire, je cours, je saute, je tape les murs et au bout d’un moment je suis exaucé : le set s’arrête pour laisser place à Mogwai.
Ouah ! il fallait que je m’en remette de ces connards. C’est qu’ils m’avaient presque déréglé les tympans et mon sens du bon goût. Si on les laissait faire ils vous feraient aimer le cri d’un Yak enrhumé dans une disto type appel du 18 juin Ÿ. Et vous en redemanderiez que ça ne m’étonnerait qu’à moitié ! Anyway, je vais m’installer au deuxième étage et j’en profite pour reprendre une binch’ américaine (une bière à l’eau quoi) et voilà qu’ils finissent tout juste les balances de dernières minutes pour se ramener sur scène.
C’est avec le piano qu’ils entament leur set et je joui intérieurement de cette mélodie nouvelle que je ne connais pas. Je ne l’ai su qu’en achetant l’album à Time Square le surlendemain, c’était I’m Jim Morrison, I’m Dead Ÿ. Un morceau qui prend toute sa dimension en live avec tous les jeux de lumières. Surtout les infra-bleus. Ça sonne comme pas deux et j’en profite pour me balader sur la mezzanine qui surplombe la fosse histoire de profiter de plusieurs points de vue, chercher de la minette new yorkaise tout en sirotant mon cocktail eau-bière Ÿ et trouver un bon emplacement pour mater la scène. Ça se déroule super bien et ils sont pas trop statiques ce qui est plutôt un bon point dans le post-rock où la majorité des groupes du moment prennent souvent le parti d’être aussi actif qu’une poutre. Le son est génial. Les filles …un peu moins. Celles de la sécurité surtout. Et puis la nana du bar a oublié de mettre de la bière dans mon eau j’ai l’impression. Bref, heureusement que la musique baigne toute l’atmosphère !
C’est un des rares groupes de cette veine à me captiver autant par leur mélodies faussement téléphonées. On y accroche son oreille parce qu’on a la sensation d’avoir presque déjà entendu ces airs et leur génie éclate au grand jour quand le morceau vient s’inscrire dans notre mémoire auditive à l’affût. On se dit que peut-être, mais ouais putain, ça y ressemble, c’est un truc dans ce goût là, j’suis sûr que j’le connais ce morceau, mais ouais c’est…hum…c’est…rrrhaa putain j’arrive pas à m’en souvenir…mais c’est pas tout à fait ça, c’est presque pareil en fait….tu vois c’que j’veux dire ? Du coup, les mélodies je les avais dans la tête sans trop y faire attention.
J’ai failli mouiller ma couche culotte quand ils ont effectué la transition de Batcat Ÿ avec le très bon Friend of the Night Ÿ dont la perfection n’est plus à démontrer. Ça vous transporte loin ces mélodies. Ça fuse mais en lenteur et tout en arabesque. Un peu comme une nébuleuse vous voyez ? Non ? Bah disons comme une giclée de foutre en milieu aqueux, ça vous parle ? Le style de musique qui vous rendrait écolo sur le champ sans possibilité de rémission. Une véritable arme de sensibilisation massive moi j’veux le dis ! Un rêve trouble mais vivace. En même temps j’observe un peu le public et je me dis que quand même, on retrouve les mêmes types de foule selon le style. Le post rock a tendance à réunir tous les flans, les mous du gland et les intellectuels (les pires). C’est une communauté qui se laisse vivre pendant le concert et qui parfois dandine un peu sa tête quand le balai qu’elle a dans le cul le lui permet un peu. Souvent même, ils croisent les bras et certains iront jusqu’à se tripoter le menton d’un air songeur, comme un analyste sous Valium 10. De quoi générer des envies de meurtre. Mais c’est frustrant de constater les effets quasi nuls d’un groupe comme Mogwai sur une foule unie dans un apragmatisme tenace. AU FOUR ! J’avais pas pu rentrer avec mon lance flammes de toute façon et le vestiaire me semblait trop loin.
La plupart du concert couvre le dernier album du groupe, avec leurs titres forts et quelques balades dépouillées. J’aime bien faut avouer. Surtout avec les infras-bleus. Bon c’est vrai qu’à un certain moment on a comprit la recette du mélo-cake écossais et ça se mange de bon c¶ur. Mais pas trop non plus. Je finis immanquablement par me balader en attendant la fin du concert en cherchant bien dans la pénombre au cas où une jolie demoiselle serait prête à me suivre. Genre jusque dans mon lit. Mais les filles qui aiment le post rock, ce sont les filles en couple qui traînent leurs copains débiles à prénoms composés ou bien ces charmantes créatures esseulées, finement maquillées, et d’une bonne vingtaine de kilos en trop. Comprenez là : je suis rentré bredouille.
Mais vivre un live de Mogwai à New York est de loin une chose dont je me souviendrai. Au moins le temps d’une bière à l’eau.
n i c o
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