Dossier réalisateur : M.Night Shyamalan

Salut chers lecteurs de Musik Industry , beaucoup de boulot personnel et d'occupation divers ont fait que j'ai un peu délaissé le site (et les chroniques ciné je le reconnais ). Cela dit , depuis plusieurs mois j'ai comme projet de faire des dossiers réalisateurs. Suivant l'actualité (ou tout simplement l'envie) des réalisateurs concernés. Le but de ces dossiers pour le futur est avant tout de faire connaitre certaines facettes des réalisateurs choisis sans pour autant tomber dans l'hyper-analyse plan par plan. L'objectif ultime étant bien sûr de donner envie de voir les films autant pour leurs qualités que leur défauts. J'ai donc choisi pour débuter M.Night Shyamalan dont la sortie prochaine de "devil" justifiait (selon moi) un petit dossier.


1999 : Sixième sens.
Été 1999 , sort aux USA un film qui allait vite devenir un phénomène (en plus de relancer la mode du film à twist ) : Sixième sens.
Bande annonce :

Gros carton aux USA (près de 300 Millions de $ de recette) , le film révélait coup sur coup un prodigieux jeune acteur (Haley Joel Osment) et un réalisateur surdoué, capable à partir de quelques éléments d'insuffler une terreur sans pareil (la scène de la tente reste glaçante 10ans après). Le film (pour les rares qui ne l'aurait pas vu) raconte les déboires d'un jeune garçon capable de voir les morts. Point de départ accrocheur , mise en scène élégante tout en douceur. Clin d'œil discret (à Hitchcock notamment par une apparition du réalisateur dans un petit rôle), scène hommage à Poltergeist (production Spielberg que M.Night Shyamalan adule et qui parle aussi de fantôme); Sixième sens digère les fondamentaux du cinéma d'horreur et parvient de surcroit à en créer des nouvelles (Le fameux "I see dead people" murmuré par Haley Joel Osment ). Pour autant , le film n'est pas un film d'horreur visant à flanquer une peur bleue à chaque scène , il prend le temps d'installer les personnages et de montrer leur quotidien avant de basculer peu à peu dans le fantastique. Avec son film, Shyamalan a vu les portes d'Hollywood s'ouvrir devant lui (proposition de Spielberg pour Indiana Jones 4 , relaunch de Superman). Le plus surprenant étant qu' au delà de la légende d'un réalisateur surdoué, Sixième sens n'est pas son premier mais son troisième film et que Shyamalan est aussi le scénariste de ... Stuart Little . Avec le triomphe public et critique de son film, il allait pouvoir ensuite enchainer avec un projet plus personnel : incassable.


2000 : Incassable.

Après le succès de Sixième Sens, Shyamalan peut faire ce qu'il veut et embarquer les producteurs dans un film qui de prime abord ressemble à Sixième sens, a le gout de Sixième sens (pitch ultra accrocheur ) mais se démarque totalement. Avant de parler plus du film, il faut dire qu'en 2000 les films de super-héros n'occupaient pas le devant de la scène. X-men venait de sortir quelques mois auparavant, Spiderman arriverait en 2002. Bref, faire un film de super-héros à cette époque relevait du suicide commercial. Plus encore si ledit film ne comportait aucune scène d'action type, d'effets spéciaux spectaculaires et s'intéressait plus aux émois intérieurs de ses protagonistes plus que de leurs capacités.

Shyamalan vend son script 5 millions de $ et tourne le film dans la foulée (fait amusant , Sixième sens et incassable sortiront la même année en France , janvier et décembre 2000 ). Le film sort aux USA un peu plus d'1 an après Sixème sens et bien que faisant un score honorable (mais loin d'égaler celle du précèdent), il divise le public et la critique qui n'y voit qu'une fumisterie d'un réalisateur devenu à leur yeux trop prétentieux. Sauf que mine de rien , Incassable est un de ses film si ce n'est son film le plus personnel. Déclaration d'amour aux comics books, le film est une claque . Plans construits comme des cases de BD, scénario respectant les codes établis, personnages réalistes et humains. Le film voit aussi un tandem de choc : Bruce Willis et Samuel L. Jackson (deuxième véritable rencontre après le monstrueux Die hard 3 ). Jamais Bruce Willis (habitué au rôle d'action guy ) n'aura été si vulnérable à l'écran. Quant à Samuel L. Jackson, son personnage d'Elijah Price (véritable personnage principal du film ) est surement le personnage de M.Night Shyamalan qui au détour d'une phrase aura le mieux saisi les enjeux et la complexité d'une vie ("Vous savez ce qui est le plus effrayant ? D'ignorer sa place dans le monde , d'ignorer pourquoi on est ici... C'est un sentiment effroyable").
Incassable est pour certains son chef d'œuvre et 10 après, le film n'a pas pris une ride. Revers de la médaille, son accueil mitigé va remettre en cause Shyamalan qui sur bien des niveaux ne sera plus jamais le même...


2002 : Signes.

L'accueil tiède d'Incassable est une remise en cause brutale du cinéma de Shyamalan. Projet ultra-personnel au final sous estimé et incompris, Shyamalan enchaine avec un projet plus apte à reconquérir le public. Prenant comme point de départ les Crop circles (figures géométriques apparaissant dans des champs et attribués aux extra-terrestres), Signes peut se vanter d'avoir lui aussi un pitch ultra-accrocheur. Le contexte de sortie du film (plusieurs mois après les attentats 11 septembre) fait que beaucoup y ont vu un parallèle et ont donné au film des interprétations diverses. Mais la vrai question est : Est-ce un bon film ?
Shyamalan quand il s'attaque à un genre (film d'horreur, de super héros, d'invasion alien ) le fait en proposant son point de vue. Sa mise en scène bien à lui et son refus de céder au spectaculaire sont ses atouts majeurs qui lui permettent de créer de grands moments de cinéma. Dans le cas de signes , le film est plus "mainstream" qu' incassable (qui se permettait des plans séquences de malade, l'intro du film est exceptionnelle pour son parti pris). Shyamalan malgré son coté "auteur" cherche a s'attirer les faveurs du public. En soi Signes n'est pas mauvais mais avec le recul il apparait comme le parent faible de sa filmographie (au même titre que certains de ses futurs films). De plus, Shyamalan occupe un des rôles principaux et certains y ont vu une folie des grandeurs de sa part ...


2004 : Le village.

Signes pulvérise le Box office US (200 millions de $ de recette) et permet donc à Shyamalan de se lancer dans un autre projet fou : Le village. L'histoire ultra-accrocheuse n'est qu'un prétexte. Avec ce film, Shyamalan pousse au maximum ses capacités à créer une ambiance absolument incroyable. Film incompris qui au final n'a pas besoin de l'être; Le village est son chef d'œuvre maudit (au même titre que Incassable). Le projet est certes moins personnel (pour Incassable, Shyamalan a mis beaucoup de lui même, peut être trop et ne s'en est jamais relevé) mais le résultat est phénoménal. Mise en scène au couteau, direction artistique à pleurer, musique lancinante et entêtante (le score est une bombe) , morceau choisi :

Le village est au delà de son scénario (encore une fois à twist) une œuvre qui demande au spectateur de se laisser porter et de rentrer dans ce village si mystérieux où les choses ne sont pas forcément ce qu'elles semblent être. Avec ce film se dessine une récurrence chez Shyamalan , alterner film de commande lors "d'échec" (critique et/ou financier) puis revenir sur un projet plus personnel et fo . Le film fait un score honorable mais le succès étourdissant de Sixième sens fait que le réalisateur est attendu au tournant pour chacun de ses films (notamment de la part des Studios Touchstone Pictures filiale de Disney) qui rêvent de le voir ré-itérer un hit à cette hauteur) . Finalement , ce qui aurait du être une bénédiction se retournera contre lui et son film suivant sonne le début de la fin.


2006 : La jeune fille de l'eau.

Projet conçu dans la douleur (brouille énorme avec Disney qui refusera de le suivre sur ce projet et dont sera tiré un livre "The Man Who Heard Voices: Or, How M. Night Shyamalan Risked His Career on a Fairy Tale" qui est aussi une biographie du réal.) , Shyamalan porte son projet avec une foi absolue en son potentiel. Proposant sa vision des contes de fées, "La jeune fille de l'eau" peut se targuer d'avoir une intro fabuleuse (narré par Christopher Lee) :

Cependant , le résultat divise voire agace. Certains reprochent à Shyamalan une décortication sans âme des contes de fées sans chercher à en saisir l'essence et ce qui les rend unique et fabuleux. D'autres sont circonspects devant certains des ses choix dont celui de se mettre en scène dans un des rôles clés (je ne dévoilerais pas la teneur du rôle mais les critiques à son égard sont compréhensibles). Avec ce film , Shyamalan se perd et alors que quelques années plus tôt, il était considéré comme un wonder boy, ce film va sonner le début de la fin. Les résultats désastreux au Box Office mais surtout les critiques négatives sur le film coule Shyamalan qui sera en disgrâce sur le projet suivant.


2008 : Phénomènes.

http://www.youtube.com/watch?v=s77B9s-s-Mo

Avec ce film, Shyamalan sait qu'il est fini le temps où il était auréolé du succès à tous les niveaux de Sixième sens. Ses films les plus importants (Incassable et Le village), véritables démonstration de force de son talent de conteur ont été incompris (exceptés pour certains) , d'autres ont suscité plus de questions qu'autres choses. Bref, avec ce film , Shyamalan joue son va tout et ne va pas prendre de risque. Finis les construction de cadre façon comic book et les plans séquences de malade d'incassable, l'ambiance ultra-suffocante du Village ou la noirceur sans fond de Sixième sens. Avec phénomènes , Shyamalan joue sur un tableau classique malgré là encore un pitch accrocheur. Il en délaisse aussi les twists (devenu une marque de fabrique ) et adopte une mise en scène plus sage. Le film enrage les fans de la première heure (je plaide coupable ) mais malgré tout propose des fulgurances et des idées qui rappellent le style de la grande époque du réal. (le passage du pistolet est incroyable ).Succès honorable , le film réhabilite par la petite porte son réal. qui va ensuite s'attaquer à une commande de studio : Le dernier maitre de l'air.


2010 : Le dernier maitre de l'air.

http://www.youtube.com/watch?v=s77B9s-s-Mo

Quand est apparu sur la toile cette bande annonce, les fans de Shyamalan ont eu la bave aux lèvres. Imaginez le style de Shyamalan tout en plan séquence associé à des scènes mêlant arts martiaux et effets spéciaux. Film pour enfant (Shyamalan fut un temps approché pour mettre en scène Harry Potter), le dernier maitre de l'air entre les mains de Shyamalan avait le potentiel pour divertir autant que questionner le public. Scénariste de tous ses films , Shyamalan est autant reconnu pour ses talents de mise en scène que celle d'écriture. Autant dire que "Le dernier maitre de l'air" fut une douche froide sur ce dernier point. Pour qui ne connait pas la série mais suit le réalisateur depuis Sixième sens , son dernier film est très loin d'avoir la force de ses œuvres les plus connues. Volonté de rallier un maximum de gens, contrôle évident des studios. Le dernier maitre de l'air est un film de commande qui fait regretter le temps où Shyamalan avait les coudées libres et pouvait mener des projets audacieux. Ajouter à cela l'ajout inutile de la 3D et la coupe est pleine. Malgré tout , le film contient des fulgurances de son réalisateur (notamment un plan séquence bluffant avec des maitres de la terre ainsi qu'une scène de combat 1 contre 100 pas mal du tout) mais comme dit plus haut, pour les fans de la première heure, Shyamalan semble avoir perdu de son âme.

2010 : Devil.

Sorti il y'a peu aux USA où il a fait un score honorable (32 Millions de $ de recette pour un budget de 10), Devil n'est pas un film de Shyamalan mais il le supervise. Faisant partie de son projet "Night Chronicles", le film part d'un point de départ de Shyamalan dont d'autres assurent ensuite le scénario et la réalisation. D'autres films sont amenés à venir compléter cette anthologie dont une idée initialement prévue pour "Incassable 2". Et tout de suite , la bave au lèvres revient . N'ayant pas encore vu Devil , il est pour l'instant impossible de savoir ce qu'il reste du cinéma de Shyamalan avec ce projet mais l'espoir est permis.


CONCLUSION (provisoire)
Près de 10 ans ont passé depuis le raz de marée Sixième sens mais alors que certains (Spielberg par exemple) ont su rebondir sur le succès et mener différent projet sans se perdre artistiquement , Shyamalan s'est peu à peu exclu. A qui la faute ? Un ego sur-dimensionné (Le wonder boy ne saurait pas aussi sympa et humble que ça ) ? L'envie absolue de plaire et d'être l'égal des plus grand ? Peu importe les explications, seuls comptent les films et pour certains, Shyamalan est plus sur la pente descendante... L'avenir dira si il saura apprendre de ses erreurs et nous offrir des nouveaux bijoux.

Pub réalisée pour une célèbre carte qui montre que le bonhomme n'a rien perdu de son potentiel.

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Commentaires


Le 09/11/2010 à 12h20, par lanfisis

salut,
ton adresse mail ???

sinon, contacte directement yannick, ce sera plus judicieux en mon sens.
http://www.musik-industry.com/informations/contacts.html


Le 09/11/2010 à 12h17, par Anonyme

Bonjour,
je suis étudiant et je dois faire un exposé sur le Renouvellement des codes du cinéma de genre chez Shyamalan, malheureusemen je suis au point mort, et comme je vois que vous semblez appréciez particulièrement ce réalisateur, pourriez-vous me renseignez svp?
merci d'avance


Le 03/11/2010 à 23h16, par Tirelipimpon

En parlant de Shyamalan, voila une petite vidéo du Festival de Kyan qui parodie le réalisateur!

http://www.dailymotion.com/video/xdqgts_le-festival-de-kyan-32-shyamalan...

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